Luc Chatel exige un électrochoc industriel européen
Trois millions de véhicules de production perdus en Europe depuis 2019, 50 000 emplois supprimés en France en cinq ans et une nouvelle vague de destructions annoncée : Luc Chatel tire encore la sonnette d’alarme et appelle à un changement rapide de cap réglementaire, à des clauses de contenu local et à un sursaut de compétitivité. Un dernier plaidoyer pour le président de la PFA avant de quitter ses fonctions.
« L’Europe a perdu 3 millions de véhicules de production depuis 2019 », rappelle le président de la Plateforme automobile française (PFA). En France, la production est tombée à 1,4 million de véhicules, soit un million de moins qu’avant le Covid et trois fois moins que dans les années 1990. Le bilan social est tout aussi lourd : 50 000 emplois ont disparu en cinq ans et 75 000 suppressions supplémentaires sont redoutées dans les prochaines années.
Pour Luc Chatel, la question n’est plus seulement celle de la transformation du secteur, mais celle de sa survie industrielle et de sa souveraineté. « La question n’est pas pour ou contre l’électrique, elle est de stopper en urgence le crash de l’industrie européenne. »
Alors qu’une centaine de nouvelles normes seraient en préparation d’ici à 2030 pour l’industrie automobile, Luc Chatel dénonce l'inflation réglementaire récurrente qui mobilise les ressources des constructeurs au détriment de leur compétitivité. Selon lui, un quart de leurs ingénieurs se consacrent désormais exclusivement à l’adaptation à ces exigences. « Les Chinois innovent, les Américains investissent, les Européens réglementent », résume-t-il. Le président de la PFA réclame un gel des nouvelles normes, au moins pour les petites voitures du segment A, dont il estime que la réglementation a contribué à faire disparaître l’offre. Il demande également davantage de flexibilité sur les objectifs de CO₂, avec un lissage sur la période 2028-2032 pour les véhicules particuliers et utilitaires, ainsi que le maintien d’une diversité technologique après 2035. L’enjeu est de redonner de l’oxygène aux industriels sans renoncer à la décarbonation. « Le problème, c’est la trajectoire européenne qui assèche le marché, qui sort la classe moyenne du marché automobile », insiste-t-il. En rendant les véhicules moins accessibles, cette trajectoire pèserait à la fois sur la demande, les volumes de production et l’emploi.
Contenu local : la riposte à la pression chinoise
Luc Chatel demande de rétablir des conditions de concurrence équitables face aux constructeurs chinois. Leur part de marché en Europe est passée de 1 % à plus de 10 % et pourrait dépasser 20 % d’ici à deux ou trois ans. Le président de la PFA ne conteste pas la concurrence, mais refuse que les industriels européens affrontent leurs rivaux avec des contraintes asymétriques. Sa réponse repose sur un dosage entre droits de douane, coentreprises, transferts de technologie et clauses de contenu local. Un levier qu’il juge désormais incontournable, à l’image des politiques menées aux États-Unis et en Chine.
L’alerte porte aussi sur la chaîne d’approvisionnement. Aujourd’hui, 75 % des composants des véhicules assemblés en Europe sont fabriqués sur le continent. Sans action, cette proportion pourrait tomber à 35 % en cinq ans, selon une étude de Roland Berger citée par la PFA et le CLEPA. « Un point de perte du contenu local, c’est 15 000 emplois supprimés pour la filière automobile. »
Compétitivité : tous les leviers doivent être activés
Troisième chantier avec les coûts : fiscalité de production, coût du travail, énergie et soutien à l’innovation doivent être mobilisés pour réduire l’écart de compétitivité avec les autres grandes régions industrielles. La PFA entend également porter ses propositions auprès des candidats à l’élection présidentielle, dans le cadre d’un Livre blanc élaboré avec l’ensemble de la filière. Une manière de replacer l’automobile dans le débat économique et industriel national, au-delà des seules échéances réglementaires européennes.
Le constat de Luc Chatel se fait plus sombre . « Il y a deux ans, je disais : il est minuit moins cinq. […] Il est maintenant minuit moins une. » L’avertissement sonne comme un ultime appel à l’action. D'autant que cette prise de parole était aussi la dernière du président de la PFA dans ses fonctions, après neuf années à la tête de la filière.
« Vous gagnerez collectivement ou vous ne gagnerez pas », lance-t-il, soulignant que face à la pression chinoise et au recul de la production européenne, « le temps des intérêts particuliers doit, selon lui, céder la place à une priorité, celle de préserver la base industrielle automobile française et européenne. »