Paquet Automobile : La Fiev dénonce un compromis trop favorable aux constructeurs
La position franco-allemande sur le paquet automobile européen ouvre la porte à la neutralité technologique, mais réduit les ambitions en matière de contenu local. Pour la FIEV, ce compromis ne protège pas suffisamment les équipementiers et risque d’accentuer les transferts de production hors d’Europe.
Si la FIEV salue une avancée sur le périmètre géographique, elle juge sévèrement le compromis franco-allemand présenté la semaine passée sur le paquet automobile européen (lire encadré). Pour l’organisation présidée par Jean-Louis Pech, l’ouverture à la neutralité technologique ne suffit pas à compenser le recul des exigences de contenu local. Le texte risque même de fragiliser davantage la chaîne de valeur européenne, alors que les équipementiers subissent déjà la pression de la concurrence internationale. Point de friction : le seuil de composants européens requis à partir de 2028 ! Fixé à 70 % de leur valeur, hors batterie, il pourrait être ramené à 65 % après prise en compte d’une marge d’ajustement de cinq points, accordée aux coûts supportés par les constructeurs. Un niveau inférieur de cinq points à la proposition initiale de la Commission, de dix points au projet du Parlement européen et de plus de quinze points au niveau actuel de production européenne, selon la FIEV. « Ce compromis fragilise l’existant au lieu de le sécuriser », alerte en substance la fédération, qui pointe une contradiction avec les objectifs de souveraineté industrielle affichés par l’Union européenne. En septembre 2026, 50 % des équipementiers interrogés déclaraient avoir transféré de la production vers des pays à bas coûts au cours des douze derniers mois. Autre tension avec le mécanisme fleet booster, ramené à 80 %, soit cinq points de moins que dans la proposition de la Commission. Selon la FIEV, ce dispositif permettrait à des véhicules ne respectant pas les exigences de fabrication locale de bénéficier malgré tout du label « Made in Europe », réduisant ainsi la portée protectrice de la mesure.
La FIEV réclame un contenu local européen « à la hauteur de l’urgence industrielle »
Le « Made in Europe » sous conditions
La fédération reconnaît néanmoins un point positif dans le périmètre géographique retenu : l’Union européenne à 27, avec une intégration conditionnelle du Royaume-Uni, sous réserve de réciprocité. Mais elle demande désormais au Parlement européen et au Conseil de l’UE, saisis du dossier, de revoir les ambitions du texte.
• Il faut intégrer les motorisations hybrides (HEV) et thermiques (ICE) au dispositif. Leur exclusion laisserait, selon la FIEV, près de 210 milliards d’euros d’échanges de pièces actuellement approvisionnées dans l’UE sans protection.
• Il faut instaurer un « filet de sécurité » fondé sur un seuil de contenu local applicable à l’ensemble des pièces automobiles. L’objectif est d’éviter que les fournisseurs, notamment ceux de rang 2, soient écartés des dispositifs de soutien à la production européenne.
Pour la FIEV, l’enjeu est de préserver l’ensemble de la chaîne industrielle européenne. Sans exigences plus ambitieuses, le paquet automobile risque de soutenir l’assemblage sans garantir que la valeur et les emplois associés restent en Europe.
Un paquet en trois morceaux
L'accord franco-allemand sur le paquet automobile européen (conclu en marge du Conseil européen) vise à trouver un compromis entre la transition écologique de l'UE et la sauvegarde de la compétitivité industrielle du continent face à la concurrence internationale, notamment chinoise.
• Flexibilité sur la décarbonation et fin du « tout-électrique »
Neutralité technologique : L'accord assouplit le calendrier de transition en réintégrant un rôle pour les véhicules hybrides (HEV) et les moteurs thermiques fonctionnant avec des carburants renouvelables ou de synthèse.
Objectif CO₂ 2035 ajusté : Plutôt qu'une interdiction stricte et intégrale des moteurs thermiques en 2035, le compromis ramène l'exigence à une réduction de 90 % des émissions de CO₂ sans compensation obligatoire pour les 10 % restants, donnant du souffle aux constructeurs.
• Périmètre « Made in Europe » et partenariats
Zone géographique élargie : Le label « Made in Europe » repose sur le périmètre de l'UE à 27. Cependant, l'accord ouvre la voie à l'inclusion de partenaires proches — sous réserve d'accords de réciprocité — comme le Royaume-Uni, la Norvège ou la Suisse.
Aides conditionnées : L'accès aux aides publiques et aux commandes publiques sera désormais strictement conditionné au respect des critères de production et de contenu local au sein de cette zone.
• Les règles de contenu local (Industrial Accelerator Act - IAA)
Seuil de 70 % en 2028-2029 : Le texte impose un seuil de contenu local de 70 % de la valeur totale générée par les composants (hors batterie).
Marge de tolérance (5 points) : Pour soulager les coûts supportés par les constructeurs, une marge de tolérance rabaisse dans les faits l'exigence minimale à 65 %.
Flexibilité des flottes (« fleet booster ») : Le taux d'exigence pour l'électrification des flottes professionnelles est ramené à 80 % (soit 5 points de moins que la proposition initiale de la Commission européenne).
Ce texte est une position commune entre Paris et Berlin. Il doit désormais être débattu et négocié au Parlement européen et au Conseil de l'Union européenne (avec les 25 autres États membres) avant de devenir une directive officielle