The Future is Neutral industrialise la PIEC
La mutation de The Future Is NEUTRAL en plateforme européenne de l’économie circulaire automobile est en marche ! Autour d’Indra, de The Remakers et de Gaïa, le groupe veut capter plus de véhicules pour déconstruire et vendre davantage de pièces. En clair, industrialiser le remanufacturing à grande échelle ! Avec l’international et une ambition de 2 Md€ de chiffre d’affaires à horizon 2030, le recyclage change clairement de dimension.
Créé en 2024 (Lire la révolution copernicienne de Renault et Suez), le groupe détenu à 80% par Renault Group et Suez (20%) structure désormais trois métiers comprenant la pièce de réemploi avec Indra*, le remanufacturing avec The Remakers et la valorisation des matières avec Gaïa. Au cœur du dispositif, Indra veut reprendre la main sur la production et l’approvisionnement, tandis qu’Opisto apporte la capacité à commercialiser les pièces sur le marché. Le changement de dimension passe d’abord par Indra. Avec 350 salariés, 900 centres VHU intégrés, quelque 500 000 pièces gérées et 15 constructeurs engagés dans son système individuel de collecte, l’entité pèse déjà environ 40 M€ de chiffre d’affaires. La moitié provient du tissu de l’économie solidaire. Mais son nouveau CEO et président depuis le début de l'année, Xavier Kaufman (lire ici), veut surtout remettre la machine industrielle en mouvement.
Sur sa feuille de route, la sécurisation de l’approvisionnement, notamment auprès des assureurs qui constituent le principal vivier de véhicules accidentés, la redynamisation de la production de pièces de réemploi et la déconstruction pour vendre davantage. Une équation devenue incontournable avec la montée en puissance des exigences réglementaires et de l’économie circulaire.
*Entités détenues à 100% auxquelles viennent s'ajouter Pollini et Boone Comenor Metalimpex détenus à hauteur de 33%.
Produire plus et mieux
Moins d’un million de VHU sont aujourd’hui traités chaque année en France, contre environ 1,3 million il y a trois ans. Dans le même temps, les filières illégales représenteraient encore 300 000 à 400 000 véhicules. Et lorsqu’un véhicule entre dans une filière professionnelle, seulement 16 pièces sont en moyenne déconstruites en France, contre 30 à 50 dans certains autres pays européens et jusqu’à 200 en Europe de l’Est. The Future Is NEUTRAL veut donc augmenter le taux de valorisation, mais aussi améliorer la compétitivité de la pièce. La pièce de réemploi affiche un prix inférieur d’environ 70 % au neuf, tandis que le remanufacturing promet une réduction de l’ordre de 30 %.
Avec The Remakers, l’enjeu est désormais d’industrialiser cette seconde vie sur des composants à plus forte valeur ajoutée. L’objectif est clair : proposer au réparateur une pièce aussi proche que possible du neuf en termes de service. Préparée, contrôlée et prête à poser, elle doit limiter le temps de main-d’œuvre supplémentaire. La disponibilité devient donc aussi stratégique que le prix, avec une cible de livraison en J+1.
Enfin, une analyse de cycle de vie conforme au référentiel ISO, revue de manière indépendante, a mesuré une réduction de 67 % de l’impact environnemental d’un moteur électrique remanufacturé par rapport au neuf et de 47 % pour l’électronique de puissance. Sur certaines pièces de réemploi, comme les portières, capots ou boucliers, les réductions atteignent 95 %. Des données qui permettent désormais aux réparateurs, distributeurs et assureurs d’intégrer concrètement ces solutions dans leurs démarches ESG.
Opisto change de dimension
Cette stratégie industrielle ne peut toutefois fonctionner sans débouché commercial. C’est là qu’Opisto prend une importance croissante dans l’équation. Si la plateforme Précis, lancée en 2013, conserve son rôle auprès du réseau Renault et de certains centres VHU, l’essentiel des flux de pièces de réemploi passe désormais par la marketplace. Entre Indra, qui maîtrise la production, et Opisto, qui maîtrise la distribution, The Future Is NEUTRAL cherche ainsi à contrôler davantage la chaîne de valeur. La marketplace est progressivement intégrée directement aux outils atelier des réparateurs, notamment dans les réseaux indépendants. Les assureurs poussent également à l’utilisation de pièces de réemploi, via des contrats incitatifs et des offres spécifiques. Le modèle doit maintenant sortir des frontières françaises. Après une première présence en Espagne et en Italie, Opisto prépare son déploiement dans d’autres marchés européens. La stratégie se veut pragmatique : construire d’abord une offre locale dans chaque pays, en s’appuyant sur les stocks nationaux, avant de connecter progressivement les différentes places de marché.
L’Europe comme nouveau gisement
L’internationalisation passe également par la production. The Future Is NEUTRAL a pris 30 % du capital de Pollini, l’un des plus importants centres VHU européens, capable de traiter entre 600 000 et 700 000 pièces. L’objectif dépasse la simple acquisition de capacité. Il s’agit de constituer un réseau européen capable de répondre à une logique de pénurie et de mieux exploiter les spécificités de chaque parc. Davantage de Fiat en Italie, de Seat en Espagne ou de BMW en Allemagne… la pièce de réemploi doit se construire à partir de sources locales avant de pouvoir circuler à l’échelle européenne. Le maillage territorial devient donc aussi un outil de compétitivité et de réduction de l’empreinte carbone. Une logique qui distingue le modèle d’Indra de celui de certains acteurs concentrés autour d’un seul centre. Cette stratégie explique aussi la présence de The Future Is NEUTRAL à Automechanika. Le groupe veut désormais être identifié comme un acteur européen de l’économie circulaire automobile, et non plus uniquement comme une filière française de traitement des VHU.
L’autre grand chantier concerne les véhicules électriques. Les premières générations de batteries arrivent désormais progressivement en fin de vie, alors que près de la moitié des batteries collectées seraient non accidentées. Leur valorisation pose toutefois des problématiques inédites liées à leur chimie, leur durabilité et leur sécurité.
La réglementation entrée en vigueur en août 2026 renforce par ailleurs la responsabilité des constructeurs dans la collecte et le recyclage. Indra travaille donc à la fois sur un système individuel et sur une solution via l’éco-organisme Mio3. Gaïa intervient également sur la réparation et le recyclage des batteries.
Un objectif à 2 milliards d’euros
L’ambition financière est à la hauteur : le groupe vise 2 Md€ de chiffre d’affaires à horizon 2030, objectif annoncé en 2024 par Luca de Meo. Pour y parvenir, l’entité prévoit de poursuivre les acquisitions et prises de participation en Europe, d’accélérer Opisto et d’élargir le portefeuille de produits remanufacturés, notamment sur les moteurs électriques et l’électronique de puissance.