L’inflation des ingrédients peinture auto moins forte que sur d’autres secteurs

, mis à jour le 28/04/2026 à 18h28
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Vernissage auto

Alors que les annonces de hausses de tarif de deux des principaux fabricants mondiaux en mars-avril ont pu faire craindre le pire aux professionnels de la carrosserie, l’inflation sur les produits de peinture automobile reste relativement maîtrisée. Mais l’imprévisible évolution du conflit au Moyen-Orient laisse tout le marché dans l’expectative.

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Au cours des cinq dernières semaines, les annonces officielles des plusieurs groupes mondiaux ont pu faire craindre des répercussions massives sur le marché de la carrosserie. Jusqu’à 30 % de hausse chez BASF, jusqu’à 20 % chez PPG Industries… Sauf que la tentaculaire industrie chimique qu’ils représentent aux côtés de bon nombre d’autres géants internationaux est présente sur énormément de secteurs d’activité. Et l’automobile n’apparaît pas comme la plus touchée. « L’amplitude de l’impact d’une crise géopolitique comme celle que nous vivons actuellement au Moyen Orient est propre à chaque industrie, et plus particulièrement à chaque industriel, avec comme préoccupation de limiter au maximum les conséquences sur la chaine de valeur. Les hausses annoncées dans la presse concernent différentes activités du groupe BASF et non spécifiquement les activités Coatings », nous explique-t-on ainsi chez le fabricant allemand.

BASF Coatings rappelle ainsi que, son engagement demeure de « rester au plus près de nos clients carrossiers, les accompagner sur le long terme et leur apporter des solutions fiables, performantes et pragmatiques, pleinement adaptées aux réalités du terrain ». Un discours qui reflète ce que l’ensemble des principaux fabricants mondiaux pourraient également dire. Côté distribution, les professionnels sont un peu plus explicites. « C’est plus compliqué côté industrie que côté carrosserie », reconnaît ainsi volontiers Éric Mallen, dirigeant d’EPS-DPS, groupe leader du marché de la peinture auto sur le grand quart sud-est de la France. Le distributeur se dit encore plus impacté dans sa structure de coûts par les hausses de carburant, en réalité, depuis le début de la guerre menée par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran. Et ce, même si la distribution de peinture répond à un nombre de livraisons quotidiennes moindre que la distribution de pièces.

Des réparateurs plus regardants

Reste que des hausses ont bien été passées depuis le début de l’année côté peinture carrosserie. Des augmentations loin des 20 à 30 % annoncés par les sièges, certes, mais pas neutres non plus dans un contexte de recul des entrées-atelier sur un marché français où le millefeuilles d’intermédiaire, assureurs inclus, a tendance à faire grimper davantage les prix que dans d’autres pays. Pour 2026, un autre distributeur évoque ainsi une inflation autour des 3 %, voire légèrement moins, chez PPG et AkzoNobel. Un troisième avance des augmentations de près de 5 % chez BASF Coatings et Sherwin-Williams. Donc rien d’aussi mirobolant que l’inflation enregistrée en 2021, au sortir de la pandémie de Covid-19 qui a secoué l’intégralité des flux logistiques. Cette année-là, le marché avait même connu plusieurs hausses en cours d’année, dans des proportions élevées.

En 2026, ce sont principalement les flux pétroliers provenant du Golfe Persique qui sont perturbés. « La part du pétrole consommé en Europe provenant de cette région du globe est pourtant minime, mais c’est une raison suffisante. Or, en période de baisse de volumes en atelier, le carrossier a plus de temps pour éplucher ses factures. Le risque est donc de voir une partie d’entre eux regarder de plus près les tarifs pratiqués par la distribution sur internet », prévient Éric Mallen. D’autres réparateurs pourraient aussi se demander si l’offre de marque B des fabricants n’est-elle pas suffisante pour leur business. Moins tributaires d’accords centralisés avec des groupements de distribution et des apporteurs d’affaires (assureurs, plateformes de gestion de sinistres), les fabricants de marques B peuvent ainsi se permettre de ne pas répercuter, pour l’instant, les hausses de matières premières ou du transport, comme nous l’a confirmé tout récemment Lechler. Même si, dans l’absolu, aucun fabricant n’est à l’abri de devoir augmenter ses tarifs d’ici au 31 décembre.

Inflation des contenants plus que du contenu ?

Dans le contexte actuel, les fabricants qui ont lancé des gammes dites "mainstream", à l’instar d’Axalta avec Cromax EZ, Standoflow, Hy-Flx, ont su répondre à l’une des attentes du marché pour des produits performants mais au prix plus abordable. Leur sourcing de matières premières est certes similaire mais le nombre de passes est supérieur lors de l’application. Ils pourraient donc tirer leur épingle du jeu sur ces lignes-là. L’un des distributeurs joints pour cet article confirme d’ailleurs que le rythme d’installation de machines dédiées à ces offres moins techniques est plus élevé, depuis le début de l’année, que celles associées aux gammes premium… Un Axalta qui n’a d’ailleurs pas passé de hausse sur ce premier semestre 2026. Les distributeurs s’attendent cependant à une annonce pour le deuxième. Le fabricant américain avait d’ailleurs tiré le premier en septembre 2025, avant d’être suivi par ses principaux concurrents dans le courant de l’automne, exception faite de PPG.

L’annonce pourrait dépendre de l’évolution du conflit dans le Golfe Persique et de son impact sur la circulation des tankers dans le Détroit d’Ormuz, dont les coûts d’assurance ont également explosé. Le pétrole qu’ils transportent est aujourd’hui devenu plus important pour la fabrication des contenants des produits de peinture que pour la production de leur contenu. Car les bidons contiennent de plus en plus de plastique, voire en sont intégralement composés, comme c’est le cas des bouteilles Axalta. Et même si les fabricants revendiquent toujours plus de matières premières biosourcées dans leurs produits, contenants et contenus confondus, les produits issus de la pétrochimie restent utilisés de manière écrasante. L’épisode inflationniste actuel, certes modéré, pourrait donc n’être que le premier d’une série que les carrossiers espèrent la plus courte possible.

Rédacteur en chef adjoint de Zepros Après-Vente Carrosserie, Romain couvre l'actualité des acteurs de la réparation-collision, du constructeur au réparateur, de l'assureur à l'expert en passant par l'équipementier et le distributeur.
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