Apollo Tyres en conquête industrielle et logistique
Confronté aux tensions géopolitiques, à l’envolée des coûts et à la recomposition de la distribution, le manufacturier indien réorganise sa supply chain et sa donnée pour monter en gamme. Décryptage d’une stratégie de reconquête avec Yves Pouliquen, Vice-Président EMEA.
Entre un segment premium historiquement fort mais sous pression (environ 50 % des ventes en France), la poussée continue des marques asiatiques et l'explosion des coûts logistiques liés aux crises géopolitiques, les marges de manœuvre sont réduites pour tout le monde. Dans cet environnement volatile, Apollo Tyres affiche pourtant une trajectoire solide avec + 7 à 8 % de croissance annuelle pour 2,8 Md€ de chiffre d'affaires. « En Europe, nous enregistrons une bonne croissance en 2026 sur le tourisme et l'agricole », confirme d'emblée Yves Pouliquen. Sauf que derrière la santé financière du groupe indien se cache une réorganisation industrielle complexe. En transférant sa production Poids Lourds d'Europe vers l’Inde, Apollo a traversé six mois de rupture d'approvisionnement jusqu’en avril dernier. Ce transfert stratégique permet désormais au site hongrois de libérer de la capacité pour la marque Vredestein sur les enveloppes Tourisme : « Nous avons réalisé une croissance ciblée sur du haut de gamme (18 pouces et plus). Mais nous avions du mal à fournir du 15 et 16 pouces. Nous avons à présent de la capacité supplémentaire, donc de la part de marché regagnée. »
Pour alimenter les revendeurs français, Apollo s’appuie sur un dépôt local au sud de Paris qui garantit un service à J+1 en dépannage. Pour les camions complets depuis la Hongrie, il faut compter J+7 à J+10. Quant aux livraisons directes depuis l'Inde aux clients français (déjà opérationnelles en Allemagne et au Royaume-Uni), elles visent un délai de deux à trois mois. Face à l'envolée du baril et du fret maritime, le groupe a fait ses arbitrages : « Nous avons augmenté nos niveaux de stock en Europe pour assurer la disponibilité, et répercuté une partie des hausses de coûts en grignotant sur nos marges. Objectif : maintenir sa compétitivité tarifaire sans subir de décrochage sur un marché européen atone. »
Bascule logistique et technologique
Apollo est également passé d'une organisation par régions indépendantes à une structure mondiale révélant certaines disparités informatiques : « La codification des produits n'était pas la même en Inde et en Europe, alors que l'Inde est fournisseur de l'Europe », illustre le dirigeant. Pour y remédier, Apollo prépare activement la mutation de son ERP vers SAP S/4HANA en 2027 pour le continent européen (déjà déployé aux États-Unis à l'été 2026). Un nouvel outil Supply Chain et un CRM européen complètent la transformation.
Enfin, sur le marché français, Apollo affiche une croissance à deux chiffres auprès des négociants spécialistes (Point S, Siligom, indépendants) et des e-commerçants, compensant le recul du canal grossistes. Mais le plan à cinq ans impose d’élargir l’empreinte physique. Le groupe vise désormais les réseaux comme Autodistribution et les réseaux de constructeurs. « Notre objectif en France est d'augmenter notre présence physique sur plus de canaux de distribution. Nous souhaitons nous associer avec des plateformes logistiques ou des grossistes pour accélérer les livraisons aux revendeurs ».