L'Aftermarket canadien entre le marteau climatique et l'enclume américaine
Petit par la taille mais complexe par nature, le marché canadien de l'après-vente vit une année 2025 en mode "résistance". Entre un parc automobile aspiré par le voisin américain, un hiver qui ne pardonne rien et une transition électrique qui patine.
C’est le mal qui ronge les ateliers canadiens : la fuite des véhicules d'occasion vers les Etats-Unis ! Avec un parc relativement jeune (10,5 ans), le Canada devrait être le paradis du réparateur. Sauf que les prix pratiqués chez son voisin américain agissent comme un aimant géant. Les véhicules de 5 à 8 ans, cœur de cible des indépendants, traversent la frontière pour être revendus en dollars US. Résultat ? Les garages canadiens voient s'évaporer leur clientèle la plus rentable, laissant un vide difficile à combler entre le véhicule neuf sous garantie et le véhicule en fin de vie. « Le Canada est un petit marché côté volume, mais stratégiquement, il se situe entre l'Europe et les États-Unis en termes de comportement. Sauf que cette fuite de véhicules est un sujet brûlant pour le marché secondaire canadien, car elle élimine précisément la tranche d'âge la plus rentable pour les réparateurs indépendants », indique Alexander Gruzdev (Gruzdev Analyze). Et c’est sans compter les contraintes climatiques extrêmes et une géographie très inégale : des corridors urbains denses avec une présence de concessionnaires et de chaînes, et de vastes régions où les garages indépendants sont la seule véritable option.
Ensuite, le grand soir de la batterie s’est soldé par l’heure des comptes. En 2025, le marché canadien de l’électrique enregistre une chute abyssale de 30 % d’immatriculations. Pourquoi un tel coup de frein ? Par -30°C, l’angoisse de la panne n’est plus un concept, c’est une réalité quotidienne qui refroidit les acheteurs, préférant revenir au bon vieux moteur thermique, plus rassurants pour traverser les immensités du pays. « Le Canada découvre la deuxième phase de l'électrification : après les premiers adeptes et les incitations généreuses, le marché de masse est plus prudent, en particulier dans un pays froid et peu peuplé. Le double choc des prix élevés et d'une expérience quotidienne décevante suffit à provoquer cette correction de 30 % des immatriculations. »
Une distribution sous pression
Au Canada, le marché de la distribution de pièces est verrouillé par quelques réseaux ultrapuissants qui calquent leur modèle sur celui des “Big Four” américains. « Ce marché ressemble à une version condensée du marché américain : quelques réseaux de distribution puissants, une longue traîne de revendeurs indépendants et un marché secondaire qui doit lutter contre les concessionnaires, mais aussi contre l'attraction gravitationnelle du marché américain juste de l'autre côté de la frontière », relève Alexander Gruzdev. Pour les petits revendeurs indépendants, la survie passe donc par l’hyper-proximité, surtout dans les zones rurales où ils restent le seul rempart face au désert de services. Mais la concurrence est rude entre des concessionnaires aux dents longues et l’attraction gravitationnelle des tarifs US, et la marge est une denrée rare.
Le Canada reste donc un marché de spécialistes. Si le climat extrême garantit un flux constant de liaisons au sol et de batteries à changer, la rentabilité de demain se jouera sur la capacité des réparateurs à retenir leurs clients face à l'aspiration américaine.
Chiffres
- Population : 41 millions d'habitants
Véhicules en circulation : 27 millions
Âge du parc : 10,5 ans
Kilométrage annuel moyen : 17 000 km - CA Aftermarket (pièces et main d’œuvre): 37,47 Md de dollars
Part de marché PR indépendantes : 65 à 70 %
Ateliers indépendants : 20 000 à 25 000 ateliers indépendants (mécanique + carrosserie) - Distributeurs : plusieurs milliers de points de vente structurés en réseaux nationaux NAPA/UniSelect, CARQUEST, PartSource, et régionaux, plus l'approvisionnement transfrontalier américain
Dealers : 3 000 - Top 3 des marques : Ford, Toyota, Honda