Formation initiale : les ateliers doivent se réinventer

, mis à jour le 30/03/2026 à 14h29
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Formation initiale

Les entreprises de l'auto font face à des défis de taille : combler la pénurie chronique des ateliers en intégrant une génération Z, même si mixer plusieurs générations oblige les patrons à repenser leur gestion RH, surveiller une courber de l'alternance qui fléchit pour la première en dix ans même si l'attractivité des métiers est toujours présente, surtout chez les femmes, et être toujours en avance de phase pour bâtir des programmes de formations toujours sur la crête... Démonstrations avec Emil Frey France, AD et BMW. 

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Le chef d’atelier vit un paradoxe : ses carnets de commandes sont pleins mais les bras manquent pour réparer les véhicules sur le pont. Et ce n’est pas faute d’aller chercher de nouvelles recrues dans les écoles. D’après les statistiques, on observe jusqu’à 50 % de pertes durant la formation initiale. Pour ceux qui s'accrochent, 67 % quittent le métier après seulement trois ans ! Résultat, dans les entreprises, les réseaux sont en hémorragie continue. Il y a quelques mois, à l’occasion d’Equip Auto, une étude orientée carrosserie et réalisée par Weimann Technologies pour Mobilians a soulevé un facteur plutôt inattendu : le discours négatif ne vient pas forcément des juniors, mais plutôt des seniors de l’atelier qui dépeignent parfois leur métier de manière négative – travail pénible et mal payé dans un environnement sale et bruyant… – quand les jeunes y voient encore un artisanat d’art. C’est bien ce décalage qui crée une fracture. Les dirigeants, quels qu’ils soient, acquiescent sur ce point, tandis que d’autres rejettent la faute sur une déperdition critique de savoir-faire, souvent due à des tuteurs propulsés formateurs mais sans le bon mode d’emploi pour transmettre.
La technologie comme trait d’union
D’où l’idée de patrons de déployer des outils digitaux pour mieux se (re)connecter à cette Gen Z, âgée de 16 à 26 ans et qui représentera 30 % des effectifs des entreprises d’ici 2030 : du parcours de formation aux congés, de notifications sur les salaires… tout se gère sur smartphone, convenant d’ailleurs tout aussi bien à l’ensemble des salariés, faisant d’une pierre deux coups. Pour éliminer les tâches rébarbatives et privilégier les réparations à plus forte valeur ajoutée, tout en compensant le manque de ressources humaines, l’automatisation des équipements apporte une touche de modernité dans les ateliers. Objectif : réduire la tension du temps long de l'apprentissage et celui de la productivité immédiate, voir le jeune comme un potentiel à construire, pas un poids économique non rentable.
Jouer l’attractivité
Des initiatives fleurissent pour recréer du lien : des “classes” nouées via des partenariats avec les CFA pour coller à la réalité du terrain, des challenges et de l’émulation permanente, un management corrigé par des formations de patrons, de la promotion interne et même l’accès à l’actionnariat pour donner du sens au quotidien. Paradoxalement, il y a suffisamment de jeunes qui entrent en formation (cf. page 21) pour combler les 11 % de postes vacants identifiés par Mobipolis et ses quinze centres de formation. Le seul défi des entreprises est de conserver la fidélité de leurs jeunes salariés par de la bienveillance et de l’adaptation permanente aux évolutions techniques (ADAS, gigacasting, électrification). Et si les réseaux primaires semblent avoir une longueur d'avance, les indépendants n'ont plus le choix : pour garder leurs talents, ils doivent devenir autant coach que patron.

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Hughes Roger, directeur du SAV du groupe Lempereur.

« L’apprentissage doit rester la voie royale pour nos ateliers... Certains chefs d’atelier ou directeurs de site en sont issus ! Ils ont gravi un à un tous les échelons de la hiérarchie. »


Hugues Roger, directeur Après-Vente du groupe Lempereur
 

Les jeunes en formation et en chiffres

41 202 jeunes sont en alternance et 32 271 sont lycéens sur la période 2025/2026.

4591 jeunes préparent une certification de branche.

70 % des sortants en apprentissage trouvent un emploi dans les six mois.

68% des apprentis formés à la maintenance VP sont en emploi.

(Source : Autofocus ANFA)

L'alternance marque le pas, la féminisation avance

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Formation continue Anfa

Les derniers chiffres de l'Observatoire de l’ANFA montrent que si l'attractivité des métiers de l’auto tourne toujours à plein régime avec plus de 73 000 jeunes en formation (+ 0,3 % par rapport à 2024), certains facteurs doivent alerter le secteur. Pour la première fois en dix ans, la courbe de l'alternance fléchit. Avec une baisse de 1,6 % (41 202 jeunes), le secteur subit le coup de rabot sur les aides gouvernementales et un marché de l’emploi moins dynamique. 

 

Le lycée professionnel a repris du galon (+ 2,8 % soit 32 271 élèves) et la féminisation devient une réalité de terrain. 

Avec une progression de 12 % en un an, les jeunes femmes sont désormais 4 800 à investir les ateliers et les showrooms des concessions, soit une hausse de 12 % en un an. Elles représentent désormais 6,5 % des effectifs globaux. La vente reste leur bastion (17,3 %). Mais la carrosserie peinture réalise un score spectaculaire : le nombre d'effectifs féminins y a presque triplé en quatre ans ! Une bouffée d’oxygène pour des métiers en tension. La maintenance des véhicules particuliers reste la filière reine (61 % des jeunes formés). La carrosserie peinture (22,9 %), la maintenance véhicules industriels (7,8 %) et la moto (5,9 %) suivent le pas. Le bac pro est le diplôme le plus préparé (52 % des effectifs), suivi du CAP (34 %).
Avec un taux d’insertion qui recule de 3 points, signe d’une conjoncture tendue, l’emploi dessine cependant une voie royale : les certifications de branche (CQP/TFP) affichent en effet une insolente santé avec 91 % d’insertion à six mois, dont la quasi-totalité en CDI ! Un message clair pour les entreprises : rien ne remplace la formation sur mesure pour transformer un étudiant en professionnel opérationnel.
Malgré une légère érosion des effectifs globaux sous le poids des réformes et du contexte économique peu propice, les services de l'auto confirment leur statut de valeur refuge. Le défi de 2026 sera bien, selon l’Anfa, de transformer l'essai de la mixité et de maintenir le lien avec les entreprises, tandis que les aides de l’État fondent comme neige au soleil.

Formation continue : Le secteur passe en mode ProPulsion

Sous l’impulsion de Mobilians et de ses partenaires sociaux, la branche des Services de l’Automobile lance ProPulsion, un programme triennal (2026-2028) de formation continue. Doté de 36 M€, ce dispositif succède à Compétences Emplois pour accompagner les entreprises face aux mutations énergétiques, technologiques et numériques. Ciblant prioritairement les TPE-PME (moins de 50 salariés), le programme offre une prise en charge à 100 % des coûts pédagogiques, sans démarche administrative pour l’employeur. Les formations, dispensées en présentiel ou à distance par des organismes référencés, s'articulent autour de trois axes :
• Technique : maintenance (VL, VU), carrosserie-peinture (débosselage, colométrie, peinture, vitrage, detailling…), contrôle technique.
• Management : gestion de la performance, gestion des conflits, développement du leadership…
• Digital : cybersécurité et intelligence artificielle.
Les formations sont proposées en présentiel et en distanciel, et dispensées par des organismes sélectionnés dont Mobipolis, l’INCM, l’ANPER, Dekra Services ou Envoll.

« Effy Pro School est une rampe de lancement pour nos élèves »

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Thomas Martin EFF

Le groupe Emil Frey France bâtit sa propre armée d’experts avec EFFy Pro School. Formés aux différents métiers d’une concession, ils seront aussi aguerris à la politique du premier distributeur de France résumée ainsi : la relation client avant tout. 66 % ! C’est le taux de rétention à trois ans des diplômés de l’EFFy Pro School – ex-Sellscar – au sein du distributeur. Significatif dans un secteur en pénurie où la volatilité des jeunes techniciens est légion. Pour Thomas Martin, l’attractivité de la formation repose sur le fait « qu’il n’y a pas de rupture entre l’école et l’atelier », martèle le DRH du groupe Emil Frey France. Ainsi, le programme est adapté aux standards de la marque, garantissant que le jeune en cours retrouve exactement les mêmes process, les mêmes outils et la même culture une fois en concession. Un parcours sans couture qui affûte ces futurs salariés encore en apprentissage. La preuve ? « Les jurys académiques sont impressionnés par la maturité de nos candidats au-dessus du lot », relève Thomas Martin, soulignant un taux de réussite aux examens proche des 100 %, « dont la moitié avec mention ».
Être plus visible…
Pourtant, si la formation de vendeur VN d’une durée de 12 mois fait carton plein avec une vingtaine de demandes par promotion, les métiers de l’atelier – réceptionnaire après-vente (8,5 mois), carrossier, peintre, magasinier (12 mois) – demandent davantage de pédagogie pour séduire. Sur les 150 places ouvertes, 110 jeunes ont répondu à l’appel en 2025. Objectif pour 2026 : monter en régime pour atteindre jusqu’à 130 apprenants grâce à une présence musclée sur les salons et un référencement digital optimisé, sur le site de l’école ou les plateformes type Indeed.
… et apprivoiser la génération Z
Plus largement, l’Emil Frey France Academy a intégré à son catalogue une formation spécifique sur la génération Z. « Ils ont un besoin de sens, soif de transparence et un rapport à la hiérarchie résolument horizontal », comprend Thomas Martin. Cela se traduit par une sensibilité accrue à la RSE et aux conditions de travail. Cette quête d’équilibre suggère des réponses concrètes : des salaires grimpant à 3 000 € brut (hors variables), après plusieurs années de carrière et selon la technicité du métier, la possibilité de la semaine de quatre jours et un ascenseur social qui fonctionne. « 80 % des directeurs de pôle du groupe sont issus du métier. » L’attrait pour l’automobile reste le moteur principal pour 60 % des profils. En bout de chaîne, l’insertion professionnelle frôle les 75 %. « Que ce soit dans les centres de reconditionnement (CRVO) ou les carrosseries du groupe, les diplômés de l’EFFy Pro School ne sont pas seulement des techniciens, mais également les futurs gardiens de notre promesse client au sein d’Autosphere, basée sur la confiance – par l’expertise – et la relation de proximité. Notre école est le moteur principal de notre croissance durable », conclut Thomas Martin.

Indépendants : Le réseau AD prépare l’avenir

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Classe AD

L’enseigne d’entretien-réparation s’est associée au lycée Lavoisier de Brive-la-Gaillarde en faveur de la formation des jeunes et de l’insertion professionnelle. La première classe AD vient d’éclore au sein de l’unité de formation en apprentissage (UFA) de l’établissement corrézien. Cette initiative, fruit d’un partenariat entre l’UFA, les garages AD en local et le distributeur Autodistribution LVR, voit douze apprentis employés au sein d’entreprises adhérentes au réseau AD. 

Au menu : présentation du dispositif "Classe AD" avec modules de formation spécifique proposés par le réseau, et présentation du groupe Autodistribution, du réseau et du distributeur en local. Les jeunes ont reçu leurs équipements de protection individuelle aux couleurs du réseau. « Le réseau AD, Autodistribution LVR et l’UFA réaffirment leur engagement en faveur de la formation, de l’excellence métier et de l’avenir des jeunes pros de la maintenance auto », lance Claire Narcy, chargée de mission RH auprès du réseau AD.

j.morvan@zepros.fr

Constructeurs : BMW France accélère sur la formation technique

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Challenge Ecole BMW

Le réseau BMW France passe à la vitesse supérieure pour former ses futurs talents. Face aux mutations technologiques, le centre de Tigery (91) intensifie son programme : dès la rentrée 2025-2026, il accueillera quatre promotions par an, soit 48 jeunes formés gratuitement au métier de Technicien Expert Après-Vente Automobile (TEAVA). Depuis 1991, le Challenge Écoles constitue la porte d'entrée de ce cursus d'excellence. Cette année, 300 candidats issus de 150 établissements (bac pro et BTS) s'affronteront pour décrocher l'une des places en alternance. 

Les sélections régionales ont déjà débuté. Encadrées par des experts, les épreuves mêlent électricité, diagnostic et réalité mixte. À la clé ? Une formation en contrat d'apprentissage, ouvrant sur des spécialisations en véhicules hybrides et électriques. Et cela fonctionne ! BMW enregistre un taux d'embauche post-formation supérieur à 90 %, preuve que la passion automobile fait de la résistance auprès des jeunes…

Muriel, rédactrice en chef Zepros Auto, couvre l’après-vente, VO, équipementiers et suit les révolutions auto : électrification, digitalisation, IA. Elle pilote aussi les événements Zepros.
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