Le transport routier de marchandises sous pression
Flambée du prix des carburants, recul de la demande et hausse des coûts : un effet ciseaux sur la rentabilité qui met les entreprises du transport routier en position périlleuse. Et si les défaillances relevées dans le dernier Baromètre BPCE L’Observatoire son fortement à la baisse leur niveau reste très élevé.
Les transporteurs pâtissent d’un marché sous haute-tension. Le secteur pâtit principalement d'une hausse majeure du prix des carburants de +46 % sur un an, un choc qui n'est que partiellement amorti par les clauses d'indexation. À cela s'ajoute la progression estimée à 2,4% des autres postes de dépenses comme la maintenance, les réparations et le coût du personnel de conduite. Des chocs à assumer dans un environnement où l'activité économique globale avance au ralenti (−1% au T1 2026 sur un an) du fait d’une demande des consommateurs (biens alimentaires et manufacturiers) en souffrance, comprimant directement les volumes de fret à transporter. Un effet ciseaux combinant hausse des coûts et baisse d’activité qui met à mal la santé financière du secteur qui traverse une « crise de la trésorerie ». Ainsi, selon BPCE l’Observatoire 51 % des entreprises de TRM déclarent une baisse de leur trésorerie au T2 2026 (44% un an auparavant), représentant une dégradation nette de +7 points sur un an.
Moins de défaillances qu’anticipé dans le TRM
Dans ce contexte peu porteur, on pouvait s’attendre à une flambée des défaillances… Et bien finalement, le baromètre du cabinet d’Audit (intégrant les données jusqu’à fin août) en a recensé 1726, soit une baisse significative de 9% sur ces douze derniers mois. « Le reflux des défaillances n’occulte pas le niveau historiquement élevé du nombre d’entreprises en difficulté tandis que les créations n’évoluent pas depuis 2 ans », recadre Julien Laugier, économiste du Groupe BPCE.
Quand les créations compensent les défaillances
Le secteur du TRM figure parmi les plus touchés aux côtés de l'immobilier, du commerce général et de l’activité commerce-réparation automobile. Sur douze mois glissants, l'ensemble des TPE-PME françaises enregistre une hausse globale de 2 % des défaillances, frôlant le cap des 70 000. Toutes les typologies d'entreprises sont concernées. Ainsi, les structures sans salarié affichent une hausse des défaillances de +5 % sur un an, tandis que les TPE, PME et ETI connaissent une quasi-stabilité (entre -1 % et +1 %). Cependant, si le tissu économique est sous tension, il est en partie compensé par les créations. Car le dynamisme entrepreneurial ne faiblit pas et permet de compenser en partie ces fermetures. Entre août 2025 et août 2026, 1,25 million de créations d’entreprises ont été répertoriées (+11 % sur douze mois). Cette dynamique est portée par les microentreprises (+14 %), les sociétés (+7 %) et les entreprises individuelles (+4 %).
71 000 défaillances attendues au bilan 2026
La dégradation devrait se poursuivre au cours des prochains mois. BPCE L’Observatoire a donc révisé ses prévisions à la hausse, tablant désormais sur 71 000 défaillances sur l'ensemble de l'année 2026, contre 69 000 anticipées initialement. Car, a rappelé José Bardaji, directeur Études et Perspective du Groupe BPCE, « la hausse de l’inflation énergétique provoquée par le conflit au Moyen-Orient a détérioré les termes de l’échange et les conditions financières, tout en pesant sur l’activité, donc sur la demande adressée aux entreprises. La croissance française est désormais attendue à 0,4 % sur l’année contre 1,0 % en début d’année ». Reste que la fin des remboursements de PGE en 2026 pourrait donner un second souffle aux entreprises en 2027.