La montagne Axanzo accouchera-t-elle d’une souris sur le marché auto ?
Annoncée en novembre 2025, la fusion entre Axalta et AkzoNobel promet un géant mondial de la peinture et a vu son actualité s’accélérer ces derniers jours. Le groupe a désormais un nom identifié mais devrait être contraint à la cession de l’activité Refinish du fabricant néerlandais, réclamée par Bruxelles. Ce qui pourrait finalement ne rien changer aux équilibres actuels sur le marché de la réparation… Du moins, dans un premier temps.
Akzolta ? Non : Axanzo. Tel est le nom qu’ont annoncé Axalta et AkzoNobel le 15 octobre dernier pour désigner le groupe qu’ils constitueront ensemble d’ici quelques mois, qui regroupera 100 marques environ et rayonnera sur plus de 160 pays. L’entité sera présidée par Greg Poux-Guillaume, actuel P-DG du fabricant néerlandais, secondé par Chris Villavarayan, son homologue d’Axalta, comme adjoint. Pour le futur patron, ce nom est « un nouveau départ audacieux », un tremplin pour aller plus vite et plus loin qu’aucun des deux groupes, seuls, ne l’auraient pu. La clôture de la fusion est attendue début 2027 et, d’ici là, assurent les deux industriels, rien ne change pour les clients.
L’opération s’inscrit dans une vague de consolidation et de rachat dans le secteur de la peinture, où les industriels cherchent des économies face à la hausse des coûts et aux incertitudes douanières. La Commission européenne, qui fait autorité en matière de concurrence au sein de l’Union européenne (UE), devrait donner son feu vert à la naissance d’Axanzo… Mais en échange de la cession de l’activité peinture auto d’AkzoNobel ! Ce point serait a priori le seul à régler, puisque « les préoccupations antérieures concernant les chevauchements dans le secteur des revêtements en poudre ont été résolues », selon une dépêche de l’agence Reuters. Les deux groupes n'ont pour le moment pas confirmé.
AkzoNobel Vehicle Refinish vers l’indépendance
Le raisonnement de la Commission européenne fait sens puisque les marques d’Axalta (Cromax, Spies Hecker, Standox, Syrox…) pèsent déjà entre 18 et 22 % du marché de la réparation automobile au sein de l’Union. Sans compter qu’Axalta est derrière la marque Ixell du Groupe Renault et ses milliers d’ateliers. Ajoutées aux parts de marché des marques d’AkzoNobel (Sikkens, Lesonal, Dynacoat et Wanda), estimées à environ 12 %, la limite des 30 % jugée acceptable par l’UE serait donc atteinte. Passer par une revente de l’activité Refinish apparaît logique. Et c’est précisément ce qui viderait la fusion de son impact pour le secteur de la réparation-collision, dans un premier temps. Si le remède est accepté en l’état, Axanzo ne garderait en réparation que les marques d’Axalta, tandis que celles d’AkzoNobel changeraient de main. Le centre de gravité de la fusion, qui vise d’abord des économies d’échelle, est ailleurs que dans l’atelier de carrosserie. Le nombre de fabricants en face des réparateurs auto ne diminuerait donc pas. Et les parts de marché ne devraient pas en être chamboulées.
Un AkzoNobel Vehicle Refinish mis sur le marché aurait, en revanche, de quoi attirer les convoitises. Un destin à la BASF Coatings, racheté à sa maison-mère l’an dernier par le fonds d’investissement américain Carlyle et devenu depuis Surventis, lui permettrait de poursuivre sa route de manière indépendante. Mais il pourrait aussi devenir une proie appétissante pour d’autres géants encore trop peu présents sur le Vieux Continent, comme Sherwin-Williams. Le groupe américain, qui souhaite peser plus lourd sur le marché de la peinture automobile, pourrait repartir à l’assaut du fabricant néerlandais. Associé à Nippon Paint, il avait déjà tenté cette année de challenger le projet de fusion d’AkzoNobel avec Axalta pour s’emparer du groupe et se partager, avec son homologue japonais, les différentes activités du groupe. PPG, qui s’était positionné à trois reprises pour reprendre AkzoNobel en 2017, sans succès, pourrait aussi revenir à la charge. Mais le groupe américain pèse déjà un cinquième du marché de la réparation automobile européen et se heurterait aux mêmes limites qu’Axanzo devant la Commission européenne. Un hypothétique attelage PPG-AkzoNobel Refinish serait assuré de dépasser les 30 % de parts de marché sur le Vieux Continent. Même chose pour un supposé rapprochement avec Surventis, si la filiale de Carlyle se découvrait un nouvel appétit.
L’avenir plus serein des marques
Côté marques, rien n’est écrit non plus mais leur avenir apparaît toutefois plus serein. Même rachetées, celles-ci disparaissent très peu souvent, en témoignent les précédents Autocolor et MaxMeyer chez PPG ainsi que Standox et Spies Hecker lorsque DuPont Coatings (futur Axalta), avait repris leur maison-mère Herberts. Sikkens, également marque de peintures architecturales, a perduré après son rachat sur ce marché par PPG en Amérique du Nord en 2013. Toujours propriété d’AkzoNobel en Europe, elle pourrait donc appartenir à différents propriétaires selon le secteur concerné : AkzoNobel Vehicle Refinish pour l’automobile, Axanzo pour le bâtiment et la décoration.
Car l’image de marque, pour le client professionnel comme particulier, compte toujours davantage que le nom du groupe à qui elle appartient. En définitive, le carrossier continuera d’acheter du Cromax, du Standox ou du Spies Hecker, servis par les mêmes équipes, comme le promet le communiqué d’Axanzo suite à l’annonce du 15 octobre. Et si AkzoNobel Refinish est cédé puis racheté, les réparateurs continueront selon toute vraisemblance à acheter du Sikkens ou du Lesonal.