Pourquoi l’OPA de Nippon Paint et Sherwin-Williams sur AkzoNobel a échoué
Selon une dépêche Reuters publiée le 27 mai, le groupe néerlandais a rejeté une offre de rachat de 12,5 Mds € formulée conjointement par ses homologues japonais et américain Sherwin-Williams. Une opération qui aurait rebattu les cartes du marché mondial de la peinture, mais qui s’est heurtée à plusieurs obstacles majeurs.
Décidément, la tectonique des plaques de la planète peinture engendre des séismes et des répliques à intervalles réguliers, ces derniers mois. Quelques mois après l’annonce du projet de fusion d’AkzoNobel avec Axalta, Nippon Paint et Sherwin-Williams ont proposé 73 € par action pour acquérir le fabricant de néerlandais, propriétaire notamment des marques Sikkens et Lesonal pour la partie réparation automobile. L’offre valorisait le groupe néerlandais à 12,5 Mds € et représentait une prime de 39 % par rapport au dernier cours de Bourse avant l’annonce. Malgré cette valorisation attractive, le conseil d’administration d’AkzoNobel a rejeté l’offre à l’unanimité. Une décision qui a pourtant fait bondir le titre de près de 20 %, signe que les investisseurs y voyaient un potentiel de création de valeur.
Trois raisons majeures au rejet de l’offre
La première raison de ce rejet avancée par AkzoNobel est financière. Le groupe estime que l’offre « sous-évalue » ses activités et son potentiel de développement. Plusieurs analystes considèrent d’ailleurs que Nippon Paint et Sherwin-Williams ont tenté leur chance à un moment où la valorisation boursière d’AkzoNobel demeurait relativement faible. Deuxième obstacle : l’incertitude réglementaire. L’opération aurait nécessité de nombreuses autorisations de concurrence à travers le monde, car le projet prévoyait un démantèlement d’AkzoNobel. En quête de gain de poids sur le marché de la peinture auto, Sherwin-Williams aurait ainsi récupéré l'activité Refinish du fabricant néerlandais, renforçant sa position de numéro un mondial multi-secteurs et de leader tous produits confondus aux Etats-Unis, où les autorités antitrust sont notoirement vigilantes.
Enfin, AkzoNobel privilégie aujourd’hui une autre trajectoire stratégique : sa fusion annoncée avec l’Américain Axalta. Soutenue par la direction du groupe néerlandais, cette opération doit être soumise au vote des actionnaires en juillet. Elle donnerait naissance à un géant mondial des revêtements valorisé environ 25 Mds $, avec 600 M$ de synergies annuelles attendues. « Aucune des deux propositions ne pouvait être qualifiée d’offre potentiellement supérieure par rapport à la fusion avec Axalta », a indiqué un porte-parole d’AkzoNobel cité par Reuters. Le mécanisme de "stitching" typiquement néerlandais dont bénéficie le fabricant offre à ses actionnaires principaux une solution de blocage des OPA : leurs 48 actions prioritaires pèsent 400 voix chacune. De quoi contrebalancer les choix des actionnaires minoritaires.
Un signal fort pour le secteur peinture
Au-delà de l’échec de cette opération, l’épisode illustre l’intensification de la concentration dans l’industrie mondiale de la peinture et des revêtements. Après les rapprochements successifs observés ces derniers mois, les grands groupes cherchent à renforcer leurs positions sur des marchés où les gains d’échelle, l’innovation technologique et la maîtrise des coûts deviennent déterminants. Même rejetée, l’offre de Nippon Paint et Sherwin-Williams pourrait ne pas être la dernière tentative visant le groupe néerlandais, plusieurs observateurs estimant qu’un retour avec une proposition revalorisée n’est pas à exclure.