F. Katsardis (Temot) : « Dans le contexte actuel, si dans l'aftermarket la taille est utile l'intelligence est décisive »
« D’un groupement commercial à un écosystème d’achat axé sur la technologie : les 30 prochaines années de TEMOT commencent ici. » Le président-directeur général, revient sur une année marquante et sur les forces qui remodèlent le marché mondial de l'après-vente.
Comment se terminera l'année 2025 pour les actionnaires de TEMOT ?
Fotios Katsardis : Les actionnaires clôtureront l’année 2025 sur une note très positive, avec une croissance d’environ 10 % par rapport à 2024, malgré un contexte macroéconomique beaucoup plus difficile. Leurs performances ont nettement dépassé les moyennes du marché : de 4 % à 7 % en Europe occidentale, environ 7 % en Europe du Sud et plus de 10 % en Amérique latine et sur plusieurs marchés asiatiques.
Ce succès n'est pas le fruit du hasard. Il repose sur des fondamentaux solides : des programmes fournisseurs coordonnés, une prise de décision professionnalisée et fondée sur les données, et une efficacité opérationnelle accrue. Une tendance claire se dégage : les entreprises dotées de communautés d'acheteurs dynamiques, d'un accès pertinent aux données et de concepts de garage professionnels surpassent systématiquement celles qui misent uniquement sur leur envergure multinationale.
En 2025, TEMOT a fêté son 30e anniversaire. Quelle est sa nouvelle feuille de route stratégique ?
FK : Cet anniversaire coïncidait avec mes 20 ans à la tête de TEMOT. Notre devise, "Un grand millésime", reflète parfaitement la qualité et l’engagement de nos collaborateurs. Au fil des ans, la croissance rapide de nombreux actionnaires a naturellement conduit l’entreprise vers une internationalisation plus poussée et une couverture sectorielle plus étendue.
Nous sommes passés d'un réseau dominé par de très grandes entreprises à une alliance cohérente d'organisations privées, pour la plupart de taille moyenne.
Notre nouvelle feuille de route est axée sur la gouvernance opérationnelle 2.0, visant à créer une organisation de nouvelle génération qui excelle dans les achats grâce à une approche axée sur les données et une intégration numérique complète. Dans ce contexte, le Temot ITG évoluera pour devenir le « Groupe de Technologie Intégrée », reflétant ainsi la transition d'un réseau commercial traditionnel vers un écosystème technologique au service de ses actionnaires. Ce cap des 30 ans marque le début d'une nouvelle ère stratégique.
Vous indiquiez l'an dernier que TEMOT allait consolider ses fondamentaux. Cet objectif a-t-il été atteint ?
FK : Oui, sans hésitation. Nous avons revu en profondeur notre portefeuille, évalué la performance de nos partenariats et renforcé l’engagement de nos fournisseurs. Les groupements d’achats ont été développés, ce qui permet aux PME d’être mieux placées pour négocier avec les grands groupes internationaux.
Nous avons finalisé l'intégration de notre système d'information de gestion et de nos évaluations basées sur les indicateurs clés de performance (KPI). TEMOT est désormais plus cohérent, plus fiable et bien mieux préparé pour sa prochaine phase de développement.
Chiffres clés
• 106 pays couverts
• 117 actionnaires
• 55 concepts garages
• 12 500 garages sous enseignes
Quelle dynamique prévoyez-vous pour l'IAM en 2025 et 2026 ?
FK : L’Asie, et plus particulièrement la Chine et l’Inde, demeure le moteur de la croissance automobile mondiale. Le continent américain affiche une dynamique solide, même si l’Amérique du Nord s’adapte à des structures tarifaires perturbatrices et que l’Amérique latine est confrontée à une volatilité récurrente. L’Europe reste la région la plus sous pression, sa rentabilité étant mise à rude épreuve par des facteurs réglementaires, concurrentiels et géopolitiques.
Dans un contexte de grande fragilité en 2026, une simple annonce politique ou économique pourrait perturber les chaînes d'approvisionnement. Les marchés ne s'effondreront pas du jour au lendemain, mais l'agilité, l'excellence opérationnelle et une rigueur absolue dans les achats seront plus essentielles que jamais.
Comment le changement de stratégie de la Chine influence-t-il le marché mondial de l'après-vente automobile ?
FK : Depuis des années, nous constatons l’expansion mondiale des fournisseurs chinois avec aujourd’hui, une part importante des produits de rechange provient de Chine. Nos prévisions se sont concrétisées.
L'expansion de la Chine, notamment dans le secteur automobile, se déplace résolument vers les zones hors USA et de plus en plus, l'Europe. Ces régions absorbent un afflux massif de véhicules chinois, suivi naturellement par celui des pièces détachées chinoises, ce qui façonnera durablement leurs marchés de l'après-vente.
En Europe, la stratégie chinoise est plus subtile et structurée : investissements dans l’assemblage local, les plateformes logistiques, les marques de distributeur et les gammes spécialisées. Certaines marques chinoises sont si bien intégrées qu’elles surpassent désormais leurs marques de référence d’origine et occupent des positions dominantes sur plusieurs marchés.
Il est impossible de comprendre la compétitivité de l'IAM au cours de la prochaine décennie sans analyser de manière holistique l'empreinte automobile de la Chine — en couvrant la production, la technologie, la distribution et l'ensemble de la chaîne de valeur.
L’UE va-t-elle reconsidérer la date butoir de 2035 pour la fin de la production de moteurs à combustion ?
FK : L’UE annule rarement ses objectifs ; elle les ajuste. Le scénario le plus probable est que l’échéance de 2035 soit maintenue formellement, voire légèrement repoussée, mais avec des modalités plus souples – notamment en matière de véhicules hybrides, de carburants électriques et de politique industrielle – afin de soutenir les véhicules motorisés européens et l’ensemble du secteur manufacturier pendant la transition.