M. Van Der AA (Hella-Forvia) : « Notre croissance sera portée par nos nombreux lancements de nouveaux produits »
Retour sur les marchés du freinage et de la gestion thermique sous la marque Hella, booster IA sur l’assistance technique : l’Allemand Forvia Hella, acteur OE-IAM, joue sa croissance sur de nouveaux développements dans un marché bousculé et hyper-compétitif. Décryptage de tendances avec Marco Van der AA, vice-président IAM Nord-Ouest Europe.
Quel atterrissage 2025 pour Hella Gutmann/Forvia ?
Marco Van der AA : Nous devrions finir l’année sur un business étal comparé à 2024, ce qui est loin des objectifs que nous visions ! Mais notre année n’a finalement pas été si mauvaise au vu des tensions de certains de nos concurrents ! Car le marché est tendu… et on peut le constater en observant les difficultés affichées par de nombreux importants grossistes européens. Outre une situation politique tendue notamment en Europe et au Moyen-Orient, la perte de pouvoir d’achat des consommateurs est prégnante sur les ventes de véhicules neufs, avec des constructeurs qui réduisent leur volume de production, impactant par ricochet l’activité des fournisseurs OE via notamment une forte pression sur les prix. Et si notre activité aftermarket est soutenue par un parc vieillissant, nous y avons cependant laissé un point de croissance !
Est-ce vrai partout où vous êtes présents ?
M.V.D.A. : Les marchés français comme allemand sont stables pour nous. Encore peu présents, nous nous développons en Scandinavie. Enfin, au Royaume-Uni, où Hella est plus développé, nous sommes en pleine croissance avec l’implémentation de nouvelles gammes de produits. Et dans les BRICS, nous pouvons encore réaliser une forte croissance, même si ce sont des marchés très compétitifs.
Comment anticipez-vous 2026 ?
M.V.D.A. : Je ne prévois pas de reprise significative en 2026 de façon générale. Mais Hella lance beaucoup de nouveaux produits qui vont soutenir sa croissance sur le marché de l'après-vente. Ainsi, nous sommes revenus sur le marché de la gestion thermique après l’arrêt en 2018, lorsque nous avons cédé à Mahle nos parts dans la co-entreprise Behr Hella Service. Même potentiel de développement sur le freinage, qui représente 40 % du CA d’un garage ! Nous étions déjà présents sur ce marché via notre co-entreprise Hella Pagid développée avec le fabricant TMD, dont nous avons repris ses parts dans l’entreprise pour tout passer sous notre marque. Ce n’est donc pas un retour mais une continuité avec l’avantage que maîtrisant nos achats, nous sommes plus compétitifs. Et que ce soit pour la gamme de gestion thermique ou le freinage, la marque Hella est très bien accueillie chez les professionnels européens.
D’autant que la croissance passe aussi par un enrichissement du portefeuille…
M.V.D.A. : Il est indéniable que sur des marchés en contraction, il faut parfois trouver de nouveaux produits. Mais il est aussi nécessaire de savoir rationaliser le portefeuille. Il vaut mieux maîtriser parfaitement trois domaines que d'en maîtriser cinq à moitié.
Outre la vente de pièces de rechange, vous actionnez aussi l’activité de vente d’équipements de garage, avec un gros axe sur le diagnostic. Une activé qui reste porteuse ?
M.V.D.A. : Nous travaillons beaucoup pour développer cette activité avec deux principaux axes de croissance sur 2026 : le lancement de notre outil de calibrage ADAS, le CSC Tool Pro, mais aussi la dernière version de notre outil de diagnostic mega macs X. Surtout, nous sommes très performants dans le déploiement de notre service de diagnostic à distance. Un service d’accompagnement indispensable pour les ateliers et qui le sera encore davantage avec le développement du véhicule connecté, aujourd’hui indissociable de la vente de matériel. Nous avons d’ailleurs étoffé nos équipes de hotline sur chaque marché européen où nous sommes actifs. Et ce mouvement change la donne pour des équipementiers comme nous, avec un service-après-vente qui sera de plus en plus central afin de garantir que les ateliers soient en mesure d'effectuer les réparations dans tous les cas de figure. Nous essayons de faciliter au maximum le travail du mécanicien. Grâce à nos solutions d'IA, notre logiciel permet aux ateliers de suivre un protocole précis et même de faire de l’entretien prédictif. Cela est d’autant plus important que les intervalles d’entretien s’allongent.
Êtes-vous impactés par les turbulences internationales ?
M.V.D.A. : On parle des droits de douane qui pèsent sur certains de nos clients et qui bien évidemment ont indirectement un impact sur nous. Mais ce qui est le plus impactant est la situation des constructeurs européens, tandis que leurs concurrents continuent de croître. S’y ajoute le fait que le parc électrique ne prend pas en Europe la trajectoire attendue. Cette accumulation est un sujet à part entière.
Justement, la perspective crédible que l’Union européenne décale l’échéance de fin de production des moteurs thermiques initialement prévue pour 2035 vous semble-t-elle positive ?
M.V.D.A. : Maintenir un parc ancien en bonne santé, développer les biocarburants pourraient tout aussi bien aider à la décarbonation du parc européen qu’une électrification généralisée. Sauf que repousser l'échéance à 2040 va encore renforcer l’avance des constructeurs chinois… avec le risque avec le risque de s'exclure définitivement du marché.