Rattrapage : les trois scenarii d’Autodistribution

Jean-Marc Pierret
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Comment se profilent les 7 derniers mois de l'année ? Une question à 15% du CA annuel que Jérémy de Brabant, DG de PHE, n'occulte pas. Sans toutefois se prononcer : si les premiers signaux sont encourageants et semblent écarter l'évaporation intégrale de l'activité perdue durant les 6 semaines de confinement, il reste à passer la période juin-septembre dangereuse pour les entreprises du secteur et encore incertaine d'un point de vue macro-économique...
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Voir aussi : «Autodistribution mise sur son départ lancé»

Presque trois semaines après la sortie de confinement, Autodistribution a fait ses comptes en ce début juin à l'occasion d'une conférence de presse détaillant son plan de reprise. Après 8 semaines de confinement et 3 premières semaines de redémarrage du marché après-vente, le groupement estime être en recul de 15% sur les 5 premiers mois de l'année 2020 par rapport à 2019. En passant, donnons ce coup de chapeau au GiPA : c'est pile-poil ou presque le chiffre prédit par l'institut qui, au début du confinement, prévoyait -14% pour l'après-vente en cas de sortie généralisée de confinement au 17 mai.

C'est donc le célèbre Boston Consulting Group qui, lui, s'est salement vautré. Il voyait la France sortir du confinement au mieux le 15 juin, au pire fin juillet. Ceux qui ont cru son étude mondiale pompeusement présentée comme «fondée sur la modélisation prédictive du BCG exploitant les données de l'Université John Hopkins» devraient être durablement vaccinés sinon contre ses tarifications, au moins contre ses prédictions. Surtout après s'être trompé aussi lourdement en s'étant pourtant accordé une marge d'erreur de 6 semaines...

Gloire donc à notre Gipa national, qui a d'ailleurs souligné que l'année ne finirait à -15% que si aucun facteur de rattrape n'intervenait, ce qui semble de moins en moins le cas.

2020 entre -15% et 0% ?

Voilà donc Autodistribution face au défi des 7 derniers mois de l'année et aux trois scenarii qui lui servent de cap :

  • un premier à -15% donc mais qui lui semble peu probable, sauf bien sûr deuxième vague et/ou effondrement économique ;
  • un second, intermédiaire, entre -5% et -10%, fondé sur les incertitudes économiques (chômage, reprise molle) qui ne sont pas encore à exclure et difficiles en tout cas à anticiper si tôt après le déconfinement ;
  • et un troisième, inespéré il y a encore quelques semaines, qui n'interdit plus une salvatrice année “blanche” qui remonterait au niveau de 2019.

Jérémy de Brabant, le directeur général de PHE, ne signe évidemment pour aucun d'eux. «Notre job n'est pas d'être prévisionnistes, mais de nous donner les meilleures chances de compenser le recul constaté», souligne-t-il en concédant être «raisonnablement optimiste», mais sans préciser s'il privilégie un rattrapage partiel ou total...

Pas d'inquiétude en disponibilité de pièces...

Alors quels paramètres pourraient jouer dans un sens ou dans l'autre ? Au chapitre des certitudes positives, la disponibilité des pièces est pour l'heure sécurisée. Les stocks sont toujours là. Eux qui étaient conséquents avant confinement n'ont pas encore été fragilisés par le réamorçage des commandes des distributeurs.

«Aucune rupture n'est à craindre», précise J. de Brabant qui, en outre, dit n'avoir aucun indice de difficulté d'approvisionnement détecté chez les équipementiers-fournisseurs. Sauf bien sûr de possibles tensions sur les gammes de produits mises en vedette par le post-confinement ou/et industriellement bousculées par la crise de production : «batteries, pneumatiques, vitrage, composants de démarrage...», énumère Frédéric Gaillard, DG des activités de distribution VL chez Autodistribution.

Si inquiétude immédiate il y a, c'est plutôt côté transporteurs. Pas au niveau national ni de façon structurelle, mais dans certaines régions au moins où une reprise générale de la demande logistique tous secteurs confondus génère des ruptures de charges côté livraisons. «On passe beaucoup de temps à maintenir le service des transporteurs», regrette J. de Brabant.

Sacrifier l'été ou.. sauver les vacances ?

Autre question : l'été devra-t-il être exceptionnellement besogneux ou restera-t-il classiquement estival ? «Les signaux plaidant pour un mois d'août “de rattrapage” sont encore faibles, explique le DG de PHE ; il semble que la profession y réfléchisse, mais les arbitrages sont délicats à prédire». A commencer par ceux que pourraient souhaiter les organisations représentatives du personnel, qu'il faudrait préalablement consulter et convaincre avant de remettre en cause la traditionnelle torpeur aoûtienne.

On devine que la question n'est pas nécessairement d'actualité, mais en tout cas pas tabou avec les représentants du personnel d'Autodistribution. Muriel André, directrice RH du groupe, prend la parole sur le sujet pour expliquer que l'entreprise n'a pas attendu la crise pour dialoguer. «Nous ne sommes pas inquiets car le dialogue social est permanent dans l'entreprise. Quand une telle crise arrive, les collaborateurs sont déjà dans le mouvement».

C'est à cet instant de la conférence de presse qu'intervient Thierry Talbot, le patron du distributeur indépendant Autodistribution Talbot. Visiblement agacé comme beaucoup d'autres patrons par toutes les pressions du Medef sur les remises en cause du temps de travail ou des salaires, il demande avant tout «à ne pas gâcher le plaisir et l'enthousiasme».

A situation inédite, pronostics prudents

Il relativise en outre la nécessité d'un été sacrifié au rattrapage puisque les réparateurs et les distributeurs restent classiquement disponibles. «Personnellement, je ne connais pas de garage qui ferme tout le mois d'août !» Serait-ce de toute façon nécessaire ? «Après -75% en avril et -50% en mai, je m'attendais à -10% en juin dans mes entreprises. Et nos premiers jours du mois vont jusqu'à +10% par rapport à juin 2019», constate-t-il. Il n'en tire aucune conclusion, sinon le constat encourageant d'une reprise dynamique sur laquelle lui aussi entend surfer au mieux. Et la satisfaction d'être resté actif durant le confinement, clé selon lui de ces excellents chiffres réalisés par des équipes fières d'avoir servi.

Reste bien sûr le risque de défaillances d'entreprises de réparation qui auront été trop lourdement fragilisées par deux mois d'effondrement d'activité. Côté mécanique, il n'y a pas de signaux anormaux, rassure Jérémy de Brabant qui souligne l'efficacité des soutiens gouvernementaux ayant contribué de manière très concrète à éviter une crise mortifère de trésorerie.

Mais il veut rester prudent : «Il est clair aussi que la période de juin à septembre sera délicate pour de nombreuses structures». A commencer par les carrosseries, qui ne bénéficient pas du même regain constaté en mécanique et pour qui les sinistres non intervenus pendant le confinement ne se rattraperont pas avant de nombreux kilomètres parcourus...

En attendant, il tient à souligner l'engagement de toutes les équipes, qu'elle soient internes ou dans les réseaux de distribution comme de réparation. Un supplément d'âme gagné dans l'adversité qui servira de précieux carburant durant les longs mois de cette fin d'année inédite...

Jean-Marc Pierret
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