Réparation-collision & confinement : un problème dans le problème

Romain Thirion
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Le stade 3 de l'épidémie de coronavirus Covid-19 et le confinement qui en découle génèrent des situations qui complexifient encore la décision d'ouvrir ou non son atelier. A l'image de la réparation-collision qui, en l'absence d'experts en automobile sur le terrain, invités à expertiser à distance par la CFEA, voit nombre de carrossiers bloqués dans les travaux des véhicules en cours et rend le suivi VE plus compliqué pour les carrossiers comme pour les assureurs... qui pourraient envisager d'autres solutions, à terme.
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Bon nombre de véhicules accidentés entrés en carrosserie juste avant l'entrée en vigueur des mesures de confinement risquent bien de ne pas revoir leurs propriétaires avant un certain temps... En effet, depuis que la Confédération française des experts en automobile (CFEA) a enjoint les experts adhérents des organisations professionnelles et sociétés qu'elle fédère (ANEA, UPEAS, SEI, BCA) à suspendre les expertises de terrain, les cabinets sont très nombreux à ne plus se consacrer qu'à l'expertise à distance (EAD) dans le cadre de dossiers en collision.

Ainsi, Benjamin Labonne, gérant de deux carrosseries en Auvergne, cofondateur de la société de gestion de sinistres indépendante Les Affranchis et président de la FFC Réparateurs dans la région, relève que «cette recommandation semble avoir été suivie par la majorité des cabinets d'expertise», ce qui tend à prouver que «la CFEA est puissante pour mobiliser ses troupes quand elle le juge nécessaire». Et, selon lui, ladite recommandation «bloque toute l'activité de la réparation-collision a elle seule, et ce, spécialement pour les indépendants qui ne pratiquent pas la photo expertise».

Quand l'expertise à distance ne suffit pas

Joint au téléphone, celui-ci, qui a fermé l'un de ses deux sites mais maintenu le second actif pour achever les travaux des véhicules à l'atelier et procéder au reconditionnement de véhicules d'occasion pour l'un de ses clients vendeurs, affirme que le problème est encore plus important pour les véhicules sous le coup d'une procédure VE (véhicule endommagé).

«La plupart des carrossiers de mon secteur ont géré l'urgence mais la continuité de service de la part des experts sur les dossiers en cours pose question, relève-t-il. Certes, il y a l'EAD mais pour certains réparateurs, ce n'est pas suffisant.» La présence physique de l'expert pour le suivi des travaux s'avère en effet nécessaire dans de nombreux cas, sous peine de maintenir le VE bloqué à l'atelier... Et de voir les frais de gardiennage s'envoler au passage.

Et s'il revient aux réparateurs de faire davantage d'EAD, la question de la tarification de celle-ci par le réparateur se pose également, insiste Benjamin Labonne. «Si nous déchargeons les experts d'une partie du travail, il me semblerait raisonnable de penser qu'une tarification pour la photo-expertise par les indépendants doit être prise en compte, avance-t-il. Ayant la possibilité de chiffrer en tout indépendance (cf. arrêt de la cour de cassation du 2 février 2017), ils ont le pouvoir de rentrer en contact avec les syndicats de réparateurs ou les réparateurs individuellement pour définir un niveau de facturation acceptable (0,5 ou 1h de T1 par exemple).»

A qui profite l'EAD ?

Le carrossier se montre piquant. Il relève que «dès l'annonce faite d'arrêter les expertises terrain, les experts ont eu pour première consigne de finaliser les derniers dossiers afin de faire rentrer au plus vite de l'argent : charité bien ordonnée commence par soi même». Et d'ajouter que «les assureurs eux-mêmes se retrouvent bloqués par l'avis très suivi de la CFEA : c'est bien la première fois que les réparateurs et les assureurs ont la même problématique...» Une situation qui, selon le responsable syndical, pourrait accélérer la mise de côté de l'expert par les assureurs, au fur et à mesure du développement de l'intelligence artificielle.

«A l'heure où les assureurs veulent remplacer les experts par de l'IA, des solutions existent, relève-t-il. Il semble donc que les assureurs acceptent avec fatalisme la situation imposé par les experts... Passivité bien étonnante.» Le dirigeant des Affranchis suppose même que, derrière cette passivité, les compagnies et mutuelles d'assurance leur en tiennent compte et pourraient se saisir de cette situation pour justifier de se passer de l'expert, à terme.

Matière à rapprocher experts et réparateurs

«Les experts ont la capacité via la CFEA de bloquer toute la réparation-collision, ils le font dans ce contexte particulier [de confinement], souligne Benjamin Labonne. N'y aurait-il pas d'autres raisons de le faire, pour défendre leur profession contre l'IA par exemple, ou pour défendre l'expertise amiable et contradictoire avec le réparateur ? Autant de sujets qui, s'ils ne sont pas traités à temps, signent l'arrêt de mort de l'expertise...»

Le réparateur, en tout cas, en est certain : « les assureurs préparent un coup à 2 bandes... Experts et réparateurs auraient, eux, un coup à jouer ensemble, maintenant, avant que ce ne soit les réparateurs agréés qui jouent avec l'IA». Avant que le coronavirus ne vienne justifier davantage le développement de l'intelligence artificielle par les assureurs, Benjamin Labonne estime qu'il est urgent pour les réparateurs et les experts de faire confluer leurs intérêts et leurs combats.

En attendant, cette situation bloquante ne vient qu'exacerber des tensions dans un sous-dossier qui ne va faire que compliquer la résolution des problèmes auxquelles fait face l'après-vente automobile dans cette période d'épidémie.

Romain Thirion
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