L’humain réfléchit, l’IA reproduit

, mis à jour le 26/01/2026 à 09h08
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Ce n’est plus une option, c’est une lame de fond. L’intelligence artifi cielle redessine la chaîne de valeur dans tous les secteurs, et particulièrement ceux de l’automobile. Entre promesses de rentabilité dopée et spectre de la déshumanisation, la fi lière et les hommes qui la composent s’adapteront.

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Le verdict est tombé : aucune strate de la société, aucun secteur ni métier ne sera épargné par l’impact de l’intelligence artificielle. De la simple recommandation à l’IA agentique, capable de réserver, facturer et planifier sans intervention humaine, de la robotique en logistique aux métiers de service… l’IA promet une productivité millimétrée et une expertise augmentée…

En logistique, la sacro-sainte quête du “zéro stock mort” est atteinte. Fini les surstocks onéreux dormant des mois sur les étagères. L’IA gère le réapprovisionnement. La bonne pièce, au bon endroit, au bon moment. Dans l’atelier, elle ne remplace pas le technicien, elle le muscle. En carrosserie par exemple, des bras articulés pilotés par IA atteignent des épaisseurs de peinture au micron près. C’est aussi une réponse à la pénurie de main- d’œuvre, même si le risque de standardisation des savoir-faire fait grincer des dents certains. En expertise également, l’analyse d’images pour la reprise de VO sécurise les offres. L’IA détecte, l’homme décide. Mais attention : sur les sinistres, l’IA s’arrête à la carrosserie. Sans l’œil de l’expert pour les dommages internes, le risque de sous-évaluation économique est réel. « Elle reste une assistance pour nos techniciens qui augmentent leur productivité, mais sans compromettre leur expertise », précise François Delion, vice-président Après-Vente Monde au sein de Renault Group, à propos des outils dopés à l’IA infusés pour les techniciens des réseaux (diag prédictif, diagnostic du bruit, TechAssist..). « L’IA est déployable à grande échelle et fortement contributrice à la rentabilité des aff aires dès que le concessionnaire prend en main le sujet. Nous leur facilitons la tâche mais nous n’imposons rien, car ce ne sont pas des standards constructeurs imposés mais des outils. »

Aspect sociologique quasi philosophique

Socialement parlant, la peur du remplacement perdure et pose question sur l’avenir des métiers et des hommes. Au-delà de savoir de quels métiers et qualifications on parle, l’angoisse mondiale se nourrit d’annonces de licenciements massifs aussi spectaculaires qu’anxiogènes (30 000 personnes chez Amazon aux États-Unis en 2025). Pourtant, des voix se sont affranchies de cette peur en évoquant une période de transition qui serait une « dégradation avant une réintégration ». Est-ce plus rassurant que de sous-entendre une casse sociale inévitable avant de voir émerger des profils plus qualifi és et de nouveaux métiers ? « Ceux qui possèdent une expertise, une vision, une capacité d’analyse n’ont jamais été aussi indispensables ! », lance Julien Ricciarelli. Car pour ce consultant, l’IA « ne vient pas remplacer les métiers mais les redéfinit. Dans cette nouvelle ère, les professionnels les plus solides ne seront pas ceux qui utilisent le mieux l’intelligence artificielle, mais ceux dont l’expertise reste incontournable même après l’IA. L’avenir n’appartient pas aux plus rapides, mais aux plus justes. Pas aux plus visibles, mais aux plus crédibles. Pas à ceux qui occupent la scène, mais à ceux qui tiennent la structure... La différence entre un professionnel et un exécutant n’a jamais été aussi claire. Un professionnel pense, arbitre, décide, assume. L’exécutant applique, copie, reproduit… ce que fait l’IA. Elle reproduit. L’humain réfléchit. » Cela va mieux en le disant, non ?

Muriel, rédactrice en chef Zepros Auto, couvre l’après-vente, VO, équipementiers et suit les révolutions auto : électrification, digitalisation, IA. Elle pilote aussi les événements Zepros.
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