Mobilians réclame une pause fiscale pour sauver les concessionnaires et les loueurs
À l’approche du projet de loi de finances 2027, Mobilians appelle à une désescalade fiscale qui fragilise les concessionnaires et les loueurs courte durée. Entre marché automobile au plus bas, hausse du coût des immatriculations et rentabilité sous pression, l’organisation réclame un moratoire sur le malus et une refonte des aides à l’achat. Objectif : relancer les volumes sans renoncer à la décarbonation du parc.
Le Mondial de l’Auto ouvre ce jour ses portes dans un climat de forte tension pour la distribution automobile. Alors que les discussions autour du projet de loi de finances 2027 s’intensifient, Mobilians hausse le ton. Sa présidente, Virginie de Pierrepont, réclame une rupture avec la trajectoire fiscale des dernières années, devenue, selon l’organisation, contre-productive pour l’activité comme pour les recettes publiques. Les branches des concessionnaires et de la mobilité partagée représentent quelque 200 000 emplois non délocalisables et près de 10 000 points de vente. Un poids économique que Mobilians entend faire valoir auprès du gouvernement.
• Avec 1,68 million d’immatriculations projetées en 2026, le marché français s’achemine vers l’une de ses pires performances depuis 1975.
• La progression de 4 % sur neuf mois, et de 10 % en septembre, ne suffit pas à masquer le décrochage.
• La France fait moins bien que ses principaux voisins européens et rétrograde au troisième rang de l’Union européenne, derrière l’Italie.
Pour Marc Bruchet, président de la branche des concessionnaires VP de Mobilians, la faiblesse des volumes s’accompagne d’un déséquilibre croissant des canaux de vente. Le marché des entreprises ne totalise que 315 000 immatriculations sur neuf mois, un niveau historiquement bas hors période Covid. La location courte durée recule de plus de 8 % depuis janvier et chute de 35 % sur le seul mois de septembre. Quant aux ventes aux particuliers, elles représentent désormais 48 à 49 % du marché, sans retrouver en volume leur niveau de 2016.
Le malus, un rendement fiscal qui fragilise le marché
Au cœur des revendications, la fiscalité automobile. Le cumul des recettes du malus au poids et du malus CO₂, estimé à 800 M€ en 2025, devrait dépasser le milliard d’euros en 2026, puis atteindre 1,1 Md€ en 2027. Selon les données présentées par Mobilians, près de 60 % des immatriculations sont désormais concernées, y compris des modèles d’entrée de gamme. « Nous avons successivement enterré le diesel, mis en bière le PHEV […] et nous sommes en train de clouter le cercueil des hybrides légers et des hybrides non rechargeables. À ce rythme-là, nous allons bientôt manquer de bois pour fournir les cercueils », lance Marc Bruschet, très acide. L’organisation demande un gel du barème du malus CO₂ pendant trois ans à compter de fin 2026, ainsi qu’un retour du seuil de déclenchement du malus au poids à 1,6 tonne. Et de plaider également pour un plafonnement du malus CO₂ en proportion du prix du véhicule, sur le modèle espagnol, où le plafond évoqué atteint 15 %.
En alourdissant le prix d’accès au véhicule neuf, la fiscalité risque de freiner le renouvellement du parc et de reporter les achats. Mobilians estime qu’une détente fiscale pourrait au contraire soutenir les volumes et générer des recettes supplémentaires de TVA.
Les loueurs courte durée étranglés par la hausse des taxes
La situation est particulièrement préoccupante pour les loueurs courte durée. Avec 5,5 Md€ de chiffre d’affaires, 13 000 emplois et 4 700 agences présentes dans tous les départements métropolitains, la profession joue un rôle direct dans les immatriculations et la diffusion des véhicules récents. En 2025, elle représentait plus de 11 % des immatriculations nationales. Mais la pression fiscale s’accélère, détaille Guirec Grand-Clement, Président du métier Mobilité Partagée :
• Le coût fiscal moyen par véhicule est passé de 285 € en 2022 à 708 € en 2025, soit une hausse de 148 %.
• Pour 2026, Mobilians estime la facture totale à 215 M€, contre 138 M€ un an plus tôt, soit une progression de 56 %.
• 90 % des entreprises du secteur sont des TPE et PME, dont les capacités de trésorerie sont plus limitées que celles des grands groupes.
• À cette hausse s’ajoute celle de la taxe sur les certificats d’immatriculation en Île-de-France. Depuis le 1er mars 2026, le tarif atteint 68,95 € par cheval fiscal, contre 54,95 € auparavant.
Le sujet est d’autant plus sensible que la moitié des flottes des loueurs serait immatriculée dans la région, alors que le lieu de la première location n’est pas toujours connu au moment de l’achat du véhicule.
En pratique, les loueurs immatriculent fréquemment leurs véhicules à leur siège social. Mobilians estime que, dans 75 % des cas, le lieu d’immatriculation ne correspond pas au lieu réel de la première location. La profession réclame donc un mécanisme de régularisation annuelle, fondé sur les locations effectivement réalisées, afin de corriger les écarts et d’éviter des avances de trésorerie indues.
Il faut sortir d’une logique de rendement fiscal pour retrouver une véritable politique automobile !
Revoir les aides pour relancer le renouvellement du parc
Au-delà des prélèvements, Mobilians demande une refonte des dispositifs de soutien à l’achat. L’organisation veut élargir les ménages éligibles au coup de pouce, rétablir une prime à la conversion intégrant les véhicules d’occasion récents, thermiques comme électriques, et réorienter les financements du leasing social vers un dispositif plus accessible, sans obligation de mise à la casse. Elle souhaite aussi rendre les loueurs courte durée éligibles aux certificats d’économies d’énergie (CEE), afin de mieux accompagner le renouvellement de leurs flottes. Avec un parc estimé entre 39 et 41 millions de véhicules, âgé en moyenne de 11,8 ans, le renouvellement doit également passer par des solutions accessibles sur le marché de l’occasion. À défaut, le rythme de transformation restera insuffisant, tandis que le marché neuf continuera de se contracter.
L’organisation prépare enfin un livre blanc réunissant ses 25 métiers, attendu fin octobre, pour porter ces propositions auprès des candidats à l’élection présidentielle. La filière réclame une politique automobile stable, conciliant transition énergétique, renouvellement du parc et viabilité économique des entreprises. Car, dans un marché déjà sous pression, la fiscalité ne peut durablement tenir lieu de stratégie industrielle.