F. Baduel (AAG) : « Nous sommes encore sur un marché très fragmenté dont nous allons profiter »
Le groupe européen appartenant à l’américain GPC Automotive entre en période de digestion des opérations stratégiques menées depuis quelques années, tout en poursuivant sa croissance externe. Explications de Franck Baduel, son CEO.
Franck Baduel : Des conditions de marché défavorables en Europe, comme chacun le sait, une inflation des coûts de 5 à 10 % selon les pays, aussi bien sur les biens à la consommation que les salaires… Seule l’inflation de la France se maintient, quoi que puissent penser certains, avec une inflation n’ayant ni explosé ni chuté. Il faut comprendre que c’est l’effet inverse en Angleterre, République d’Irlande, Hollande, Espagne, Allemagne… Concernant l’automobile, la filière amont ne peut se targuer de performances exceptionnelles avec des constructeurs en souffrance, un taux de pénétration du véhicule électrique très limité, hors les marques chinoises, et des équipementiers OE frappés par des plans de restructuration massifs. La chaîne aval est un peu plus préservée avec le vieillissement du parc. Les distributeurs de pièces (VL e PL) se sont maintenus, les réparateurs ont facturé avec des taux de main-d’œuvre réévalués.
F. B. : Nous avons réalisé 3,6 Md€ de CA – toujours 16 % du CA global de GPC – avec 785 filiales sur onze pays. Le groupe poursuit ses acquisitions pour mener son plan de croissance avec 12 rachats drainant près de 100 M€ de CA au total, dont celui de Recambios Colon en Espagne (50 M€ à lui seul). Nous nous renforçons sur ce territoire, après Lausan en 2022 et Gaudi en 2023. Aux Pays-Bas, nous avons acquis NB Automotive Group, ainsi que d’autres distributeurs spécialisés dans le pneumatique. Hors Colon, les rachats ont été réalisés sur une taille d’entreprise comprise entre 1 et 15 M€, notamment en Angleterre et en Irlande avec 6 entreprises : Autosupplies Ltd. (peinture), Car Spares (Groupauto), United Aftermarket Network (UAN)…
Un déploiement européen du réseau NAPA reste une possibilité en cours d’étude
F. B. : Un déploiement européen reste une possibilité en cours d’étude. La marque NAPA a démarré son aventure européenne en 2019 par le Royaume-Uni, terre promise pour les marques privées. Nous l’avons ensuite dupliquée sur le sol européen, hors de la Pologne puisque nous n’avons pas de plateforme logistique là-bas ni de magasin en propre. Il y a un an, décision a été prise de déployer NAPA Auto Parts dans l’ensemble de nos magasins filialisés au Royaume-Uni et en Irlande. Le pivot reste la marque NAPA (500 M€ de CA cette année), avec une part de marché croissante toujours tirée par le Royaume-Uni, où 50 % des ventes sont réalisées par les marques de distributeurs. Notre taux de pénétration est de 20 % dans les pays à forts volumes (vs 5 % dans les marchés où les volumes sont moindres).
F. B. : En effet, ce 3e niveau de marque (200 M€ de CA), adressé à des clients en recherche de prix, a été lancé au Royaume-Uni il y a trois ans où il fonctionne très bien, avant d’être dupliqué en France, Espagne, Portugal, Pays-Bas et Belgique. Nous développons Fahren selon le niveau de maturité de chaque pays.
F. B. : L’environnement actuel donne peu de visibilité, il faut donc une bonne dose de pragmatisme et d’agilité pour naviguer ! Nous nous structurons depuis quatre ans autour de projets que nous intégrons encore. Il n’y aura donc pas de révolution à attendre en 2026, juste l’exécution millimétrée de nos initiatives : l’intégration de catalogues électroniques via Parts360, en place ou en cours de déploiement en Belgique, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en France… l’uniformisation informatique (Allemagne...), l’amélioration continue de la plateforme logistique First en France, après des à-coups chaotiques et une nouvelle direction pour stabiliser les opérations et regonfler le taux de service. Également, notre plateforme de 85 000 m2 de Rotherham en Angleterre (semi-automatisée avec 400 robots) devrait être 100 % opérationnelle en début d’année. Ajoutons le déploiement de NAPA et de son réseau, la modernisation et le maillage de nos plateformes régionales (UK, Pays-Bas, Belgique…)… La stabilisation de toutes ces opérations doit permettre au groupe de voguer dans des eaux moins agitées et moins troubles.
F. B. : Les éléments macro-économiques et politiques perturbent énormément les marchés. Toute projection en France est impossible à très court terme. L’Allemagne a été en récession plusieurs fois au cours des trois dernières années. L’Angleterre est lourdement affectée par des décisions sociales et fiscales affectant la performance et la compétitivité des entreprises. Mais ne tombons pas dans la sinistrose aigue ! Les opportunités de croissance locales et externes sont exponentielles en Espagne, en Irlande, aux Pays-Bas ou en Belgique ! Si le marché de l’automobile se questionne sur son avenir, les indicateurs du parc roulant européen sont au vert avec un parc qui ne cesse de grossir (+ 1,3 %) et de vieillir, et un nombre de kilomètres parcourus en croissance (hors Allemagne). Nous sommes encore sur un marché très fragmenté dont nous allons profiter.