Congrès Mobilians : l'automobile française décroche, préviennent Luc Chatel et Xavier Bertrand

, mis à jour le 24/06/2026 à 17h45
Image
Xavier Bertrand et Luc Chatel au Congrès Mobilians

Fiscalité, transition électrique et concurrence chinoise : le congrès Mobilians a offert une rare démonstration de convergence entre Luc Chatel et Xavier Bertrand. Deux sensibilités, deux niveaux d'action, mais un même diagnostic : l'industrie automobile française vacille.

Partager sur

Luc Chatel, président de la Plateforme automobile (PFA), aligne les chiffres : la production a été divisée par trois en trente ans, avec une chute de 29 % depuis 2019. Quelque 45 000 emplois ont déjà disparu et 60 000 autres sont menacés. Xavier Bertrand souligne, lui, un marché tombé sous les 1,6 million de véhicules par an, « un niveau anormal » pour un pays qui fut longtemps une grande nation automobile. Les deux hommes ciblent d'abord une fiscalité jugée asphyxiante. Luc Chatel rappelle que deux voitures neuves sur trois sont désormais frappées par le malus. Xavier Bertrand dénonce une escalade allant jusqu'à 80 000 € voire près de 100 000 € de taxation. Même une Dacia, symbole de la voiture populaire, n'y échappe plus. « On voudrait flinguer l'automobile qu'on ne s'y prendrait pas autrement », lance-t-il, dénonçant les « conneries fiscales » et une idéologie « anti-voiture ».
Autre sujet de colère : la réglementation européenne. Pour Luc Chatel, le basculement vers le tout-électrique a été décidé sans véritable étude d'impact, abandonnant le moteur thermique, longtemps domaine d'excellence français, au profit d'une technologie sur laquelle la Chine dispose d'une avance d'une décennie. D'ici à 2030, 108 nouvelles normes sont encore attendues, au point de mobiliser un quart des ingénieurs de Renault et Stellantis. L'ACEA chiffre par ailleurs à 15 Md€ les amendes susceptibles de frapper les constructeurs européens pour leur retard dans la décarbonation. Xavier Bertrand déplore lui aussi des décisions bruxelloises déconnectées « du bon sens » et des réalités industrielles.

Deux approches, un même combat

Luc Chatel appelle à un changement de cap national et européen. Il formule trois priorités : desserrer l'étau réglementaire et fiscal, restaurer la souveraineté industrielle grâce à un contenu local européen minimal, et réduire les écarts de compétitivité avec l'Europe centrale, l'Espagne, la Chine et les États-Unis. Le président de la PFA s'appuie sur une étude menée avec Roland Berger : sans réaction, la part de la production locale pourrait tomber de 75 % à 35 % en cinq ans, mettant en péril des centaines de PME.
Xavier Bertrand met en avant l'action régionale. Les Hauts-de-France ont consacré 6 M€ à la formation aux métiers de l'automobile, du CAP au Bac+3. La Région a également instauré une aide à la mobilité domicile-travail pour les actifs parcourant au moins 20 kilomètres, pris en charge jusqu'à 90 % du coût du permis de conduire pour les jeunes et créé la formule de la « voiture à 2 euros par jour » pour les demandeurs d'emploi dépourvus de moyen de transport. Le président de Région rappelle aussi que les Hauts-de-France demeurent le premier territoire automobile du pays, avec notamment l'usine Toyota et déjà 2 500 emplois créés dans les gigafactories de batteries.

Un avenir suspendu aux choix politiques

Luc Chatel appelle à un sursaut avant qu'il ne soit trop tard. Xavier Bertrand, tout en saluant les progrès « phénoménaux » des véhicules électriques, réclame une accélération du déploiement des bornes de recharge, une nouvelle prime à la conversion visant les véhicules neufs et les occasions récentes, ainsi qu'un leasing social pour démocratiser l'accès aux voitures propres. Tous deux rappellent que l'automobile est bien plus qu'un simple moyen de transport. « En milieu rural, le métro, ça s'appelle la voiture », résume Xavier Bertrand. Luc Chatel insiste de son côté sur les centaines de milliers d'emplois non délocalisables, des usines jusqu'aux garages de proximité. Non, l'industrie automobile française n'est pas morte. Mais elle avance désormais sur une ligne de crête, prise en étau entre une transition électrique jugée mal calibrée, une fiscalité jugée punitive et une concurrence chinoise redoutable. Et les deux hommes de prévenir : sans électrochoc politique, le prochain virage pourrait bien être le dernier. 

Muriel, rédactrice en chef Zepros Auto, couvre l’après-vente, VO, équipementiers et suit les révolutions auto : électrification, digitalisation, IA. Elle pilote aussi les événements Zepros.
Partager sur

Inscrivez-vous gratuitement à nos newsletters

S'inscrire