Étude DGCCRF : les garagistes une fois encore stigmatisés… à tort ?
Garagistes sous haute surveillance : 1 600 ateliers ont été contrôlés par l'Inspection de la répression des fraudes et un sur quatre déclaré en défaut ! Il n'en fallait pas plus pour que le buzz, pour ne pas dire la déferlante médiatique, ne ressorte le vieux poncif du « garagiste voleur ». De fait, si certaines infractions relevées par les inspecteurs de la répression des fraudes sont graves, la majorité relève plus de la simple négligence que de l'intention de nuire ! Accusations, réactions.
« Comment peut-on considérer un garage comme frauduleux pour un simple défaut d'affichage des tarifs ? On amalgame une simple irrégularité avec une fraude. Il serait bon de relativiser les résultats de l'enquête. Comme d'habitude, c'est une attaque à charge pour les professionnels d'un secteur auto qui est toujours dans le collimateur », s'emporte Bruno Choix, le vice-président de la FNA. Pas question cependant de dénier l'existence de dérives chez certains… mais à la marge, car une majorité des plus de 100 000 entreprises du secteur mettent tout en œuvre pour respecter l'avalanche de règles et obligations à suivre, « ou se mettent majoritairement en conformité de façon volontaire lorsqu'un manquement est constaté », relève le rapport de la DGCCRF.
Dans le détail, cette enquête irritante pour l'écosystème a été diligentée en 2024 pour réaliser des contrôles dans plus de 1 600 garages (concessionnaires, garages indépendants ou non, centres auto franchisés). 40 % des ateliers contrôlés ont présenté des manquements, in fine sanctionnés par 500 injonctions de mise en conformité et plus de 220 procès-verbaux administratifs ou pénaux. Au total, une photographie « voire un procès à charge » à partir d'un échantillon de 3 % des 60 182 entreprises de la réparation automobile !
De quelles anomalies parle-t-on ?
Cela va du simple défaut de mise à jour de l'affichage obligatoire des tarifs sur la vitrine, jusqu'au plus grave défapage ou des prestations facturées mais non réalisées. On parle alors de pratiques commerciales trompeuses et même de fraude.
Entre les deux, on retrouve la "mauvaise" surprise d'une facture supérieure au devis. « Si avoir un prix fixe sur une prestation simple et sans surprise comme une vidange est une évidence, en revanche, pour les interventions complexes, il faut démonter pour se rendre compte de l'étendue des dégâts. Et de fait, si l'on ne refait pas un devis écrit au client, en général on le prévient et lui demande son accord de poursuivre le travail par téléphone », raconte un pro.
La DGCCRF relève aussi la découverte de documents remis aux clients comprenant des clauses illégales telles que celles prévoyant des indemnités forfaitaires en cas de retard de paiement, ou des clauses limitatives de responsabilité en cas de vol ou de dégradation du véhicule…
Enfin, l'absence d'engouement des garagistes à proposer systématiquement, comme la loi les y oblige depuis 2024, des pièces issues de l'économie circulaire est également mise en lumière.
Ni déni, ni stigmatisation
Conscients de l'importance de ne pas ignorer les résultats de cette enquête officielle, les têtes de réseaux de réparateurs comme les organisations professionnelles ont voulu la contextualiser dans un environnement particulièrement bousculé, et se donner le temps d'analyser ces résultats. Relativiser donc, sans ignorer !
« La FNA condamne sans réserve les fraudes avérées (facturation fictive, retrait illégal de dispositifs antipollution) et soutient les sanctions les plus sévères contre leurs auteurs. Mais elle refuse que ces comportements minoritaires servent à instruire un procès sévère contre l'ensemble d'un secteur qui emploie près de 145 000 salariés et sert chaque jour des millions de Français. » L'organisation regrette l'absence dans le communiqué de la DGCCRF de liste « des infractions relevées, de classification des manquements, de répartition des suites prononcées par catégorie de faute […] D'aucun moyen permettant de distinguer une simple irrégularité liée à une étiquette de prix peu lisible d'une véritable fraude à la facturation. » Et concernant l’utilisation des PIEC, elle rappelle que l’offre ne couvre actuellement que 5,3 % du marché, que les délais de livraison sont incompatibles avec ceux de la restitution du véhicule et que le réparateur qui est responsable de la qualité des pièces utilisées manque de moyen pour vérifier le niveau d’usure de ces organes d’occasions.
Même condamnation des fraudes les plus graves de la part de Mobilians, qui appelle cependant à de la nuance. « Une part importante des manquements constatés concerne des défauts d’information, d’affichage ou de formalisme administratif, qui relèvent davantage d’une complexité réglementaire croissante que d’une volonté délibérée de la part des professionnels de tromper les consommateurs. »
Réactions
Mobilians a décidé de réagir à chaud avec la mise en place immédiate d’un plan d’action avec l’organisation de webinaires d’informations pour les professionnels et une nouvelle vague de diffusion d’informations et de rappels réglementaires.
De son côté, la FNA, qui espère obtenir l’accès aux données brutes de l’enquête pour affiner son analyse, propose de travailler conjointement avec la DGCCRF à l'élaboration d'un référentiel partagé de classification des manquements. Un travail sur le long terme qui devrait permettre de quitter le champ du "buzz" pour réellement concilier protection des consommateurs, qualité du service rendu et réalité économique des entreprises.