Les gestionnaires de parc à l’heure des choix

, mis à jour le 16/04/2026 à 15h14
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Gestionnaire de parc

Entre explosion des coûts, durcissement fiscal et décarbonation impérative, les gestionnaires de parc naviguent dans des eaux troublées par la complexité du marché et des nouvelles règles. La maîtrise du TCO est un jeu d’équilibre… Le baromètre Ayvens, réalisé par C-Ways en partenariat avec Point S et BCA auprès de 800 décideurs et utilisateurs, décrit un secteur en ébullition ! 

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David Decultot

 

Avec 6,2 millions de véhicules en circulation, soit 20 % du parc roulant français, les entreprises assurent ainsi 37 % des immatriculations annuelles avec plus de 700 000 unités. Un segment de poids, composé à 60 % de véhicules particuliers (VP) et 40 % d'utilitaires (VU), irriguant l'ensemble de la filière en générant plus de 40 % du chiffre d'affaires du véhicule neuf et du financement. Le leasing est devenu la norme, concernant 88 % des VP et 95 % des VU, avec un prix catalogue moyen de 39 000 €, bien supérieur aux 32 000 € du marché des particuliers. 
Sauf qu’entre 2019 et 2025, le prix moyen des véhicules a bondi de 22 % pour les VP et de 28 % pour les VU ! « S’ajoute aussi une pression fiscale sans précédent : durcissement de la TVS, abaissement du seuil du malus au poids à 1 500 kg en 2025 et réforme des avantages en nature (AEN) qui prévoit une hausse de 67 % pour les modèles thermiques et qui impactent désormais 58 % des entreprises. Pour les flottes de plus de 1000 véhicules, ce bouleversement est même jugé majeur par une large majorité de décideurs », indique David Decultot, responsable Conseil d’Ayvens France. Face à cette équation financière, les gestionnaires priorisent désormais la maîtrise du TCO pour 48 % d'entre eux, devant la décarbonation qui reste une préoccupation majeure pour les grandes structures. On assiste à un vieillissement historique des parcs : l’âge moyen des VP est passé de cinq à six ans en seulement deux ans, tandis que les utilitaires atteignent désormais huit ans de détention. 
 

Pour stabiliser les budgets, les entreprises envisagent des mesures de rupture pour 2026 : 36 % prévoient l'adoption de marques moins onéreuses et 14 % s'orientent vers le downsizing des segments. L'électrification, bien que soutenue par un abattement de 70 % sur les avantages en nature pour les modèles écoscorés, rencontre de la résistance. Si la part de l'électrique dans les immatriculations VP devrait passer de 14 % à 35 % d'ici fin 2026, le segment des utilitaires reste à la traîne avec une projection de seulement 12 %. « La difficulté de transition est réelle, notée 3,4/5 pour les VU, freinée par des coûts élevés pour 49 % des sondés et des contraintes métiers persistantes », résume David Decultot.

Le facteur humain reste le dernier verrou

Un collaborateur sur deux n'est pas encore prêt à abandonner le thermique, craignant une autonomie insuffisante (54 %) et ayant encore des doutes sur la durabilité des batteries. « Pourtant, 68 % des utilisateurs effectuent moins de vingt-cinq trajets de longue distance par an et deux tiers d'entre eux disposent d'un habitat individuel facilitant la recharge », révèle le baromètre. Et c’est bien cette complexité qui transforme en profondeur le métier de gestionnaire de flotte. Devenu stratège de la mobilité, il doit désormais composer avec la direction générale, les finances et la RSE. L'agilité est devenue la règle : 74 % des entreprises révisent leur "car policy" au moins deux fois par an. Dans ce brouillard réglementaire et économique, le besoin d'accompagnement est criant, avec une demande forte pour des solutions de guichet unique et d'externalisation afin de sécuriser une trajectoire de mobilité qui ne s'improvise plus.

•    36 % des décideurs vont intégrer des marques moins chères et 14 % vont pratiquer le downsizing (segments inférieurs).
•    75 % des utilisateurs sont désormais ouverts aux constructeurs chinois.
•    14 % prévoient d'augmenter la participation financière des collaborateurs.
•    Le recours aux véhicules d'occasion séduit 15 % des petites flottes (1-9 véhicules).

Les gestionnaires explorent de nouveaux leviers

Le catalogue des véhicules s'ouvre désormais à des segments inférieurs ou à des marques plus compétitives, incluant une percée notable des constructeurs chinois auxquels 75 % des utilisateurs se disent désormais ouverts (cf. encadré). Ce qui impose d’ailleurs une révision quasi permanente des "car policy", 74% des entreprises ajustant désormais leur stratégie au moins deux fois par an. « Pour naviguer dans cette complexité, 66 % des utilisateurs réclament un "guichet unique" et une externalisation accrue du conseil. Le métier de gestionnaire est devenu transversal entre la direction générale, les finances et la RSE… et tous doivent s’accorder pour transformer une contrainte réglementaire en un levier de performance durable », conclut David Decultot. 

L’offensive chinoise, nouvelle donne stratégique

Les constructeurs chinois sont au cœur des réflexions des gestionnaires de flotte. L'étude révèle un basculement pragmatique des décideurs et une levée des tabous chez les utilisateurs. Ainsi, 75 % des utilisateurs de véhicules d'entreprise se disent désormais ouverts à l’idée de rouler dans une marque chinoise. Avec une hausse des prix catalogue de 22 % sur les VP en six ans, les gestionnaires cherchent des alternatives pour maintenir leur TCO (total cost of ownership). De fait, 36 % des décideurs prévoient d'intégrer des marques moins chères dans leur "car Policy" cette année. L'étude note également que l'arrivée de ces nouveaux acteurs se structure également via des accords en marque blanche entre constructeurs chinois et grands loueurs ou réseaux de distribution pour faciliter la maintenance et la gestion des sinistres, et l’accompagnement des réseaux de concessions avec une montée en compétences pour assurer un SAV conforme aux standards exigeants des flottes (disponibilité des pièces, délai de réparation). Enfin, et c'est le seul véritable bémol identifié pour l'avenir immédiat, la nouvelle fiscalité française privilégie les véhicules écoscorés (produits en Europe ou ayant un faible impact carbone lié au transport). Pour conserver leur avantage compétitif et faire bénéficier les entreprises de l'abattement de 70 % sur les avantages en nature, les constructeurs chinois doivent désormais composer avec ces critères environnementaux restrictifs, ce qui pousse certains d'entre eux à accélérer leurs projets d'usines sur le sol européen.

Muriel, rédactrice en chef Zepros Auto, couvre l’après-vente, VO, équipementiers et suit les révolutions auto : électrification, digitalisation, IA. Elle pilote aussi les événements Zepros.
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