Fiscalité, compétences, Europe : la feuille de route de Virginie de Pierrepont pour Mobilians

, mis à jour le 10/07/2026 à 14h55
Image
Nouvelle équipe Mobilians

L'élection de Virginie de Pierrepont à la présidence de Mobilians marque une double rupture. Historique d'abord, avec l'arrivée de la première femme à la tête de l'organisation patronale. Stratégique ensuite. Il faut accompagner la montée en puissance d'une fédération dont le périmètre a doublé en une décennie, passant de 15 à 25 métiers et de 13 000 à 26 000 adhérents. Le tout dans un contexte de décarbonation accélérée, d’explosion des coûts de l'énergie, de fiscalité jugée pénalisante, d’instabilité des politiques publiques et de pression concurrentielle internationale. Explications…

Partager sur
Image
MEWA
Image
MEWA

Mobilians pèsera davantage sur les choix économiques et réglementaires qui redessinent la filière ! C’est en substance la ligne directive de Virginie de Pierrepont, la nouvelle présidente nationale de Mobilians. Les 170 000 entreprises et 470 000 salariés représentés par la fédération évoluent dans un environnement où les décisions de Bruxelles et de Bercy impactent plus que la conjoncture commerciale. Et c'est précisément sur ce terrain que Virginie de Pierrepont souhaite déplacer le centre de gravité de Mobilians. Son premier chantier consiste donc à renforcer l'influence de la fédération auprès des pouvoirs publics. Elle réclame des règles plus lisibles, assorties de clauses de revoyure tous les trois ans afin d'éviter les changements de cap permanents qui désorganisent les investissements des entreprises. Cette offensive se traduira rapidement par deux documents : une étude sur la fiscalité automobile, réalisée avec la Plateforme Automobile (PFA), attendue d'ici la fin juillet, puis un livre blanc destiné aux candidats à l'élection présidentielle de 2027. Les premières propositions seront dévoilées dès le Mondial de l'Automobile. L'ambition est claire : ne plus subir les arbitrages budgétaires mais alimenter le débat avec des propositions chiffrées.

« Dans le contexte budgétaire qui est celui de notre pays, nos interlocuteurs au gouvernement ne seront pas très ouverts à de grandes modifications dans le cadre du PLF 2027. Ils entendront des demandes complémentaires dès lors que nous serons en mesure de leur apporter des solutions ne dégradant pas leur budget. »

Renforcer l’action de Mobilians auprès de l’AME

À Bruxelles, où se construisent désormais les principales réglementations touchant l'après-vente, la distribution ou les nouvelles mobilités, Mobilians entend renforcer son action au sein de l'Alliance for Mobility Europe (AME). Accès aux données des véhicules, réparabilité, responsabilité élargie du producteur, micro-mobilités : autant de dossiers sur lesquels la fédération souhaite intervenir plus en amont. « Tous nos métiers [sont] suivis des réglementations européennes. [...] C'est d'ailleurs ce qui nous différencie de nos collègues aujourd'hui des autres pays européens présents à l'AME. Ils représentent essentiellement la distribution et la réparation. Nous embarquons tous les autres. Donc nous prenons une place importante. Nous y sommes pour défendre nos 25 métiers. » 

Cette stratégie d'influence s'accompagne d'un second défi : celui des compétences. Dans un secteur confronté à une pénurie persistante de main-d'œuvre, la nouvelle présidente fait de l'attractivité des métiers une priorité économique. Aux côtés de l'ANFA et de Mobipolis, Mobilians prépare un outil numérique capable d'orienter les jeunes vers les centres de formation correspondant aux besoins des entreprises. L'objectif dépasse le simple recrutement : il s'agit d'anticiper les compétences qu'exigeront les nouvelles technologies et l'évolution des motorisations. « Personnellement, je ne connais aucun artisan qui ne cherche pas du personnel. Nous avons une problématique sur l'apprentissage qui est un vrai sujet. Nous avons le travail mais pas forcément les ressources humaines pour le faire. Et nous parlons d'emplois non délocalisables. »

L'autre inflexion concerne la relation avec les adhérents. Derrière les grands groupes, la fédération représente aussi un tissu de très petites entreprises. Virginie de Pierrepont veut donc développer une offre de services plus opérationnelle, construite avec les élus territoriaux et les représentants métiers, afin d'apporter des réponses concrètes aux dirigeants confrontés à la transmission de leur entreprise, au recrutement ou aux nouvelles obligations réglementaires. La nouvelle gouvernance traduit ainsi cette évolution (voir encadré). C'est pourquoi l'économie circulaire accède au rang de priorité stratégique avec un vice-président dédié, chargé notamment de lancer un Observatoire de l'économie circulaire et d'accompagner la structuration de la filière du réemploi. Trois nouvelles commissions consacrées à l'emploi et la formation, au véhicule d'occasion et à la transmission d'entreprise complètent un dispositif qui doit reflèter les nouvelles préoccupations économiques du secteur.

« Si nous devons parler du malus automobile, qui est aujourd'hui un gros pourvoyeur des finances de notre gouvernement, il faudra être en mesure d'expliquer comment trouver la manne financière complémentaire, pas de le supprimer . »

Une prime à la conversion privilégiée

Mobilians défend une relance de la prime à la conversion pour accélérer le renouvellement d'un parc automobile vieillissant, tout en tirant les enseignements du leasing social, dont les premiers retours font apparaître des pertes de valeur résiduelle conséquentes. « La profession n'a jamais été très satisfaite du leasing social, avec les conséquences désastreuses des premiers retours de leasing de 2024 en concessions. On parle aujourd'hui de décalage à la voiture avec un pivot à 4 000 à 5000€. Et sur certains modèles, cela peut monter jusqu'à 6 000 ou 7 000€ », indique-t-elle. « Les concessionnaires seuls ne seront pas en mesure de supporter de tels écarts. [...] L'objectif de notre étude sur la fiscalité est de proposer quelque chose de différent qui permette de redynamiser le marché des véhicules neufs et d'éviter un autre leasing social en proposant [...] une prime à la conversion et un renouvellement du parc plus raisonné. Remplacer un véhicule qui a 13, 14, 15 ans par un véhicule, ne serait-ce qu'Euro 5, c'est déjà un pas vers la décarbonation qui est essentiel. D'où cette solution de prime à la conversion qui permettrait de convertir une partie du parc roulant et de rajeunir ce parc ». 

La fédération plaide également pour une fiscalité plus favorable aux carburants alternatifs, tout en appelant à mieux encadrer la filière de la pièce de réemploi face au développement des pratiques illégales. 

Mais au-delà des mesures, Virginie de Pierrepont dessine une évolution plus profonde. Car à l'heure où les équilibres économiques de la mobilité se redéfinissent sous l'effet des politiques publiques autant que des marchés, Mobilians veut s'imposer comme un interlocuteur capable non seulement de défendre les intérêts de ses métiers, mais aussi de contribuer à écrire les règles qui façonneront leur avenir. « Nous devons proposer des solutions, pas seulement porter des revendications », résume la nouvelle présidente. 

Nouvelle gouvernance au sein de Mobilians

Le Directoire comme principal organe de pilotage

•    Virginie de Pierrepont (Présidente nationale)
•    1ère Vice-présidente : Florence GETE, binôme de la Présidente, également en charge du Comité des parties prenantes.
•    Vice-président délégué à l’économie circulaire : Laurent HERAIL, chargé de l’animation des enjeux d’économie circulaire, tels que le lancement de l’Observatoire de l’Economie circulaire ou le pilotage du volet « mobilité » de la Stratégie nationale du réemploi, actuellement lancée par le Gouvernement.
•    Vice-présidente déléguée aux relations paritaires de la branche : Nadine ANNELOT, chargée de renforcer le dialogue social au sein de la Branche et d’organiser la nouvelle Gouvernance de branche.
•    Trésorier national : Francis POUSSE.
•    Trésorier national adjoint : Franck REDA.

Le Conseil des territoires : Présidé par Lorenzo Lefebvre (Normandie), il regroupe les 12 présidents de régions pour assurer le lobbying local auprès des collectivités et des parlementaires.
Le Conseil de surveillance : Présidé par Bertrand Macé (représentant du métier deux-roues), il est composé d'un représentant de chacun des 25 métiers. Il contrôle la trajectoire budgétaire, veille à l'équilibre de la gouvernance et guide les décisions stratégiques. 

Muriel, rédactrice en chef Zepros Auto, couvre l’après-vente, VO, équipementiers et suit les révolutions auto : électrification, digitalisation, IA. Elle pilote aussi les événements Zepros.
Partager sur

Inscrivez-vous gratuitement à nos newsletters

S'inscrire

Sur le même sujet