Production de pare-brise : l’empreinte carbone rebat les cartes

, mis à jour le 24/02/2026 à 18h19
Image
Pare-Brise

Le cabinet d’études Carbon Risk Intelligence révèle un écart spectaculaire de 92 % entre deux usines Saint-Gobain Sekurit – l’une française, l’autre polonaise – produisant le même pare-brise. La différence ? Le sourcing énergétique, qui transforme radicalement le bilan environnemental du vitrage automobile.

Partager sur

A l’heure où la question de la relocalisation de la production industrielle se heurte toujours à la faiblesse des coûts de transport favorisant toujours les régions à faible coût de main d’œuvre, l’empreinte carbone pourrait changer la donne. C’est ce que montre l'analyse menée par la filiale du Groupe Lang & Associés sur deux déclarations environnementales vérifiées de Saint-Gobain Sekurit. Celle-ci met en lumière un phénomène connu mais pas appréhendé dans sa pleine dimension : à fabricant et produit identiques, l'empreinte carbone d'un pare-brise varie du simple au double selon son lieu de production.

Du berceau à la porte - donc de la production des matières premières jusqu'au transport du produit fini jusqu'aux portes de l'usine avant son expédition - le site français de Chantereine (60) affiche 1,72 kg CO2e (NdlR : équivalent CO2) par kilogramme de pare-brise feuilleté, contre 3,30 kg CO2e pour l'usine polonaise de Dąbrowa Górnicza. Soit une hausse de 92 %. Pour un pare-brise standard de 2,1 mm d’épaisseur pesant environ 1 kg, cet écart représente 1,58 kg de CO2 par unité produite. À l'échelle des millions de pare-brise remplacés chaque année en Europe, l'impact cumulé devient considérable. Cette variation traduit des choix industriels structurants qui se répercutent sur l'ensemble de la chaîne de valeur automobile.

Le mix électrique, levier décisif

La décomposition par phase révèle où se joue la différence. La fusion du verre au gaz naturel reste quasi identique : 1,14 kg CO2e en France contre 1,27 kg en Pologne. C'est la phase de transformation du verre qui décroche : 0,53 kg CO2e à Chantereine contre 2,01 kg à Dąbrowa Górnicza. Un rapport de 3,8 entre les deux usines, expliqué exclusivement par le sourcing électrique. Logique : le site français bénéficie d'une électricité 100 % éolienne fournie par Sekurit, complétée par une production de verre plat 100 % hydroélectrique à Stolberg. L'usine polonaise s'appuie sur un mix résiduel fossile à 70 %, composé essentiellement de charbon, avec seulement 15,3 % de biogaz, 14,4 % d'éolien et 0,3 % de solaire. À procédé identique, le sourcing énergétique change nettement le bilan carbone final.

L'écart se retrouve sur l'ensemble des indicateurs environnementaux : acidification (facteur 1,8), consommation d'énergie fossile (facteur 1,8), eutrophisation marine (facteur 2,1), ozone photochimique (facteur 1,8). Ces écarts confirment que la décarbonation du vitrage automobile ne peut se limiter au seul CO2. La transition vers des mix électriques décarbonés améliore simultanément plusieurs dimensions environnementales. Carbon Risk Intelligence conclut que le pare-brise de remplacement n'a pas la même empreinte selon son lieu de production. Et cela, précise l'organisme, « ça se pilote ». Une transparence accrue sur ces données site par site permettrait aux acteurs de la chaîne – assureurs, réparateurs, flottes – d'intégrer ce critère dans leurs décisions d'approvisionnement. Et éventuellement valoriser de nouveau une production "made in France".

Rédacteur en chef adjoint de Zepros Après-Vente Carrosserie, Romain couvre l'actualité des acteurs de la réparation-collision, du constructeur au réparateur, de l'assureur à l'expert en passant par l'équipementier et le distributeur.
Partager sur

Inscrivez-vous gratuitement à nos newsletters

S'inscrire