Les dépanneurs-remorqueurs mobilisés pour leur survie
Mobilians et la FNA sonnent l'alarme à l'unisson. Le 21 mai, les professionnels du dépannage-remorquage-fourrière marcheront sur le Ministère de l'Économie et des Finances. Derrière cette mobilisation historique, face aux tarifs gelés depuis l'euro, des coûts qui s'envolent et un recrutement en crise, une question se pose : qui sécurisera les routes si ces entreprises disparaissent ?
Ils interviennent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, par tous les temps, souvent seuls sur le bas-côté d'une autoroute. Les quelque 6 000 entreprises de dépannage-remorquage-fourrière, dont une majorité de TPE et PME, assurent une mission que personne d'autre ne peut remplir : sécuriser les routes après un accident, évacuer les véhicules dangereux, accompagner les forces de l'ordre lors des saisies et des rodéos urbains. Cette réalité de terrain n'a pas changé. Ce qui a changé, c'est l'équation économique, devenue, selon les deux organisations professionnelles, totalement intenable.
Recrutement, électrification : deux crises qui s'additionnent
Les tarifs réglementés des prestations sur autoroutes et voies express, ainsi que ceux des mises en fourrière, n'ont pour certains quasiment pas bougé depuis le passage à l'euro, au début des années 2000. Dans le même temps, toutes les charges ont augmenté, du carburant aux assurances en passant par les matériels d'intervention, le foncier, la formation et bien évidemment les indispensables investissements liés à l'électrification du parc. Les professionnels sont donc confrontés à des interventions réalisées à perte, des impayés durables de la part de certaines administrations dans les procédures judiciaires, et des compagnies d'assurance qui se retirent de la couverture de leur activité, allant parfois jusqu'à refuser de régler des prestations effectuées pour leurs propres assurés.
La pression économique s'alimente d'une crise de recrutement profonde. Selon les données ANFA 2024, 60 % des recrutements dans le secteur sont qualifiés de « plutôt ou très difficiles », et 61 % des entreprises pointent des conditions d'emploi qui découragent les candidats : horaires décalés, astreintes, travail de nuit. Une réalité évidemment plus prégnante depuis la pandémie de Covid-19. L'inflation des charges et l'absence de revalorisation tarifaire continuent d'éroder l'attractivité du métier, un cercle vicieux que la profession peine à briser seule. À ce tableau s'ajoute la montée en puissance des véhicules électriques, dont la prise en charge impose des compétences et des équipements spécifiques (risques d'incendie, dangers électriques) que la certification B2XL obligatoire ne couvre pas entièrement. La profession réclame une clarification juridique des responsabilités en cas d'incident sur véhicule électrique, sans quoi les dépanneurs se retrouvent exposés à des risques pour lesquels ils ne disposent ni du cadre ni des moyens adaptés.
Le Ministère de l’Economie saisi
Face à cette accumulation, Mobilians et la FNA portent des demandes convergentes et concrètes. En premier lieu, une revalorisation urgente des tarifs réglementés, assortie d'une révision annuelle et du droit de majorer les interventions de nuit, les week-ends et les jours fériés, droit élémentaire dont bénéficient de nombreuses autres professions. Ensuite, la mise en place d'un mécanisme d'indexation du gazole, des aides carburant ciblées et des mesures fiscales incitatives, à commencer par l'exonération de la taxe annuelle à l'essieu pour les véhicules d'intervention. Enfin, et c'est peut-être le plus symbolique, la reconnaissance officielle de la profession comme service d'utilité publique, avec les facilités de circulation et les dérogations au Code de la route qui en découlent.
« Ces entreprises exercent une véritable mission d'utilité publique. Si elles disparaissent progressivement, ce sont les automobilistes, les collectivités et les forces de l'ordre qui en subiront directement les conséquences. Les professionnels ont toujours répondu présents lors des crises, des accidents majeurs, des violences urbaines ou des événements exceptionnels. Aujourd'hui, ils demandent simplement les moyens de continuer à assurer leur mission », avertit Philippe Gimenez, président de la branche dépannage-remorquage-fourrière de la FNA. Le 21 mai, le message sera porté directement au Ministère de l'Économie. Reste à savoir s’il sera entendu.