A. Cardoso (Veneporte) : « Notre outil industriel européen et la qualité de nos produits sont un solide rempart »
Le spécialiste portugais de l’échappement maintient son cap : produire européen en restant compétitif et rentable. Jusque-là un pari gagnant qui pourrait bien contribuer à faire la différence dans cette nouvelle configuration de l’ordre économique mondial.
Abilio Cardoso : Après une année 2024 record à 31 M€ de CA (+25% vs 2023) et une excellente rentabilité, 2025 a été plus compliquée, sans nouveaux développement, et donc notre performance devrait rester plus ou moins stable. Cependant, nous prévoyons une belle tendance sur 2026, soutenue par le plan d’économie que nous avons initié et par la concrétisation de nouveaux accords. Nous sommes spécialistes de l’échappement qui ne semble, à première vue, pas plus porteur, mais avec l’introduction des normes Euro 5 et 6 et la généralisation du FAP, c’est devenu un produit très technique, et donc porteur de valeur. Et l’arrivée d’Euro 7 va également être un levier de croissance. Notre projection à deux est d’atteindre 40 M€ de CA.
A.C. : Nous fabriquons 100 % des lignes d’échappement (partie chaude et froide) dans nos usines. Et nous sommes reconnus pour cela face à des concurrents qui font beaucoup d’intégration de produits. Notre stratégie est donc de continuer en mettant cependant le focus sur la partie chaude, un produit technologiquement plus valorisé, qui pèse à hauteur de 65 % dans notre CA. Nous allons donc concentrer nos efforts sur les produits plus récents : les GPF (fi ltre à particules pour moteur essence), les LNT (Lean-Nox-Trap), les SCR (Selective Catalytic Reduction), les AISC (Ammonia Slip Catalyctis).
A.C : Chaque client est important. Cet équilibre entre ces trois typologies de client – OEM/OES qui représente 40 % de nos business et IAM 60 % – permet d’avoir un bilan positif. En première monte, nous finalisons un nouveau projet Mitsubishi Fuso (Daimler). Nous avons renouvelé nos accords avec Renault, Stellantis (Distrigo), Volkswagen, Iveco, et continuons à développer le partenariat avec Faurecia (Forvia) pour l’off re Easy2Fit. Concernant l’IAM, nous avons bien progressé avec LKQ Europe ; et avec AAG, cela se développe. Nous sommes très attentifs à trouver le bon équilibre qualité-prix. Et donc nous ne signons pas avec les groupes qui ne pensent qu’à tirer les prix vers le bas.
« Nous restons persuadés que les technologies thermiques vont rester sur le marché, mais si nous devons adapter notre stratégie et notre capacité d’ingénierie, nous le ferons ».
A.C : Nous allons concentrer notre énergie pour renforcer nos positions sur l’Europe, qui est notre premier marché... Dans un second temps, nous souhaitons étendre notre empreinte géographique pour aller chercher encore plus de croissance sur d’autres territoires, comme l’Afrique au sens large et plus particulièrement l’Afrique du Nord.
A.C : La qualité fait la différence. Et notre premier rempart est notre capacité à traiter l’ensemble de la chaîne industrielle. Cette intégration verticale, outre nous offrir la flexibilité, nous permet de rester compétitifs avec un produit de qualité et même d’être rentables, et donc en capacité d’investir. Nous sommes d’ailleurs en train d’implanter un technocentre pour le développement produit en R&D pour l’IAM, dans la perspective de la norme Euro 7. Il sera opérationnel au 3e trimestre 2026.
A.C : Oui. Nous continuons d’ailleurs d’investir dans notre production pour les technologies thermiques ! Je ne suis pas convaincu que la Commission européenne maintiendra l’échéance de fin de la production du thermique en 2035. Je crois plus en une solution transitoire hybride associant plusieurs technologies. Quoi qu’il en soit, la stratégie écologique européenne ouvre le champ à une concurrence sauvage, destructrice de notre industrie. Notre problème est qu’il y a trop de réglementations et pas assez de soutien pour ses entreprises. C’est compliqué pour les industriels face à des Chinois capables de faire la révolution tous les jours !
A.C : Nous sommes aujourd’hui à 100% sur les technologies thermiques. Mais nous avons aussi une capacité d’investissement qui nous permettra de transformer notre outil industriel en cinq ans. Cette solidité nous donne la capacité de penser à l’avenir. Donc si nous devons adapter notre stratégie et notre capacité d’ingénierie, nous le ferons.
A.C : Les Européens doivent assurer la défense de leurs intérêts. L’UE a joué à fond la globalisation, et cela finit par se retourner contre nous. Donc la demande des équipementiers est tout à fait défendable. Il faut moins de régulation, plus de collaboration et plus de protection à l’industrie européenne. Il faut aussi que l’on puisse s’appuyer sur une politique claire, la stabilité réglementaire nous permettant d’anticiper et d’investir sereinement dans les mutations.