Florence Gète : « Le métier d’agent ne disparaît pas. Il change de taille et de modèle »
Attractivité des métiers de l’auto en général, rentabilité des ateliers en particulier, transition technologique, accès à la data et relation avec les constructeurs : pour Florence Gète, première vice-présidente de Mobilians et présidente de la branche Agents Artisans Indépendants, la pérennité du métier d’agent passe par une transformation profonde du modèle.
Florence Gète est un modèle hybride mais toujours en mode combats ! Après des années de défense du métier d’agent au sein du GAAP, le Groupement des Agents Peugeot, et du CEGAA (Conseil Européen des Groupements d’Agents de l’Automobile), la dirigeante du groupe Gete Automobiles est depuis quelques mois première vice-présidente de Mobilians, aux côtés de Virginie de Pierrepont (lire ici), et présidente de la branche Agents Artisans Indépendants. Dans ses nouvelles fonctions, elle revendique un rôle de « miroir et de trait d’union », d’échange et d’accompagnement dans la représentation du syndicat. Parce-que tous les métiers sont confrontés aux mêmes problématiques : attractivité, formation, RSE, économies d’énergie ou encore transformation numérique. L’attractivité des métiers de l’après-vente est d’ailleurs le premier sujet d'envergure pour Florence Gète, puisqu'il dépasse largement la seule branche des agents et des artisans. « Nous cherchons tous des bras ! », résume-t-elle. Le constat est d’autant plus préoccupant que l’automobile doit simultanément recruter et faire monter en compétences ses salariés. Hybride, électrique, électronique, diagnostic : le contenu du métier évolue rapidement, alors même que son attractivité reste insuffisante. « Nous avons besoin d’un plan de grande ampleur pour revaloriser les métiers manuels de l’automobile. Les métiers de bouche ont réussi à le faire. Nous devons être capables de nous mobiliser de la même manière. » La réponse ne pourra pas reposer sur chaque entreprise ou chaque branche prise isolément. La mutualisation des moyens et un travail de fond avec les pouvoirs publics sont devenus indispensables.
« Le métier d’agent ne disparaît pas. Il change de taille et de modèle »
Derrière la question des effectifs se joue une autre bataille : celle de la rentabilité des entreprises. Florence Gète distingue désormais deux réalités très différentes chez les agents et les indépendants. D’un côté, les entreprises structurées, capables d’atteindre une taille critique et de diversifier leur activité. De l’autre, les petits sites, souvent pris dans un effet de ciseaux entre une charge de travail élevée et une rentabilité insuffisante. « Les petits agents travaillent énormément, mais sont pénalisés par la charge administrative et le fait qu'ils ne facturent pas suffisamment leurs prestations. » Pour les structures plus importantes, le salut passe davantage par la diversification : VO, carrosserie, location, acquisition d’un autre atelier ou ajout d’un panneau indépendant. Pas de recette universelle, prévient-elle, mais une nécessité de raisonner en masse critique.
Florence Gète a elle-même fait le choix de la diversification avec un panneau AD en mécanique et en carrosserie, en complément de son activité d’agent Peugeot. « C’est une question d’opportunité et de pertinence. Il faut trouver le modèle qui permet d’atteindre une taille suffisante, mais cela demande aussi une vraie capacité de gestion. » Cette professionnalisation devient centrale : tableaux de bord, processus administratifs, responsables de site, suivi de la rentabilité… Le chef d’entreprise doit désormais être autant gestionnaire que technicien. Dans ce nouveau modèle économique, un sujet paraît presque élémentaire mais reste encore mal intégré : la valorisation du temps passé. Florence Gète insiste notamment sur la nécessité de facturer le diagnostic et de pratiquer les prix du marché sur les opérations courantes. « Nous devons arrêter de rogner sur la rentabilité de notre main-d’œuvre qualifiée. Le diagnostic est une prestation qui doit être facturée. » Un enjeu qui prend une dimension nouvelle avec la complexification des véhicules. Le parc roulant n’a jamais présenté un tel « gap technologique » : vieux diesels, essence, hybrides et électriques cohabitent dans les ateliers. Pour les réparateurs, cette diversité impose d’investir dans la formation et l’outillage tout en maintenant la productivité.
Pour les indépendants, le véhicule hybride ou électrique n’est donc plus une perspective lointaine. Les premiers modèles arrivent désormais hors garantie. Ne pas les prendre en charge serait, selon Florence Gète, une erreur stratégique. « Refuser un véhicule électrique, c’est prendre le risque de perdre le client. Et un client perdu ne revient pas forcément. » La formation devient alors un outil à double détente : elle permet de traiter les nouvelles technologies, mais aussi de fidéliser les techniciens. Habilitations, notamment de niveau 2, équipements adaptés et montée en compétence continue deviennent des investissements nécessaires pour conserver les bons profils. Cette transformation est d’autant plus stratégique que les ateliers indépendants vont devoir absorber progressivement une partie du parc électrique sorti des réseaux constructeurs.
La facture électronique, nouveau test pour les PME
Autre bataille structurante : celle de la donnée technique. L’accès aux données constructeurs reste un dossier majeur pour Mobilians. Mais Florence Gète veut élargir le débat. « Avoir accès à la donnée ne suffit pas. Il faut savoir l’interpréter et, surtout, pouvoir accéder aux pièces. » Pour les indépendants, la difficulté est encore plus forte lorsqu’ils ne disposent pas d’une tête de réseau capable de les accompagner. L’enjeu ne consiste donc plus seulement à obtenir une information via les dispositifs de type gateway ou pass-through, mais à construire tout l’écosystème permettant de transformer cette donnée en réparation.
Sur le terrain administratif, la facturation électronique entrée en vigueur ce 1er septembre pour les entreprises assujetties à la TVA constitue un autre point de vigilance. La première phase, liée à la réception des factures, est globalement maîtrisée grâce aux DMS et à l’accompagnement des experts-comptables. La seconde, concernant leur émission, inquiète davantage. Pour les petites structures, la mise à jour des logiciels, la gestion des comptes fournisseurs et la fiabilisation des données administratives représentent un chantier conséquent. Mobilians multiplie donc les webinaires, articles et actions d’accompagnement. « Pour une petite entreprise, cela peut vite devenir une usine à gaz. Nous regrettons surtout le manque de pédagogie dans l’accompagnement du déploiement. » À cette complexité s’ajoute la question de la cybersécurité, qui devient un risque supplémentaire pour des entreprises rarement dotées de ressources informatiques importantes.
La diversification comme nécessité de survie
Enfin, Florence Gète ne ferme pas la porte à de nouvelles opportunités de panneaux, même si rien n'est à l'ordre du jour. Mais BYD, Tesla et d’autres marques étrangères peuvent désormais être regardées comme des partenaires potentiels si elles apportent une réponse économique pertinente. « Nous devons tous être capables de nous adapter. La diversification est devenue une nécessité de survie. »
Derrière tous ces dossiers se dessine la même question : comment permettre aux agents et aux indépendants de rester des entreprises de proximité rentables dans un marché où les technologies, les exigences administratives et les modèles de distribution évoluent plus vite que jamais ? Etre agile, plus que jamais....