Méthodes du BCA (suite): les enjeux de la rencontre du 2 septembre

Jean-Marc Pierret
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FFC-Réparateurs et FNAA préparent une «réunion d’explication» prévue le 2 septembre avec le BCA et à sa demande. Au menu : les pressions économiques croissantes que le réseau d'experts fait unilatéralement peser sur les réparateurs. En filigrane : l’avenir du libre choix. Et le dossier, aussi fondamental qu’oublié, de l’indépendance mourante de l’expert…
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Nous publiions fin juillet un courrier de la FFC stigmatisant les «nombreux différends» entre agences BCA Expertise et réparateurs (voir "FFC-Réparateurs réprimande sévèrement les méthodes de BCA Expertise !"). Il s'inspirait de tensions croissantes entre réparateurs et experts du réseau BCA.Au cœur de ces reproches musclés, le rôle économique croissant des  experts du réseau BCA qui, au nom des assureurs, retiennent «un montant compétitif parmi ceux qui seraient facturés par différents professionnels» d’une même région pour évaluer le prix de la réparation. Cette interpellation a finalement été entendue par le BCA qui a provoqué, le 2 septembre prochain, une “réunion d’explication” avec la FFC et la FNAA. Y seront évoqués dans le détail les nombreux exemples qui montrent des dérives jugées inacceptables par les deux syndicats professionnels. Il est temps, rappelle Patrick Nardou : «Les nombreuses remontées relatent même des interdictions d'accès aux experts BCA par des carrossiers qui leur reprochent un comportement inquisiteur faisant fi de toute impartialité», s'alarme le président de la FFC-Réparateurs qui souligne que, souvent, dans ces tensions, «nous retrouvons le même mandant : AXA»...
Les limites du raisonnable
Quelles sont ces dérives ? Principalement, des pressions tarifaires sur le thème du «c’est moins cher chez d’autres» et autres «appréciations statistiques» aussi obscures qu’imposées aux réparateurs unilatéralement jugés hors devis acceptable… «Nous sommes d’accord pour que les professionnels participent à la maîtrise du coût moyen des réparations, ce qu’ils font déjà avec un sens aigu de leur responsabilité en la matière», précisent en cœur Patrick Nardou, président de la FFC et Serge Valet, président d’honneur de la branche Carrosserie de la FNAA ; «mais pas au-delà du raisonnable» !Et ce, d’autant plus que ces problèmes de pressions, initialement identifiés dans les Pyrénées-Orientales (66) par la FFC, commencent à se répandre dans d’autres régions. Ce qui est somme toute doublement logique : BCA Expertise a des assureurs pour actionnaires et il salarie ses experts partout en France. Résultat : de plus en plus de carrossiers «se heurtent à un mur quand ils osent faire valoir leur droit à une réparation rentable auprès des experts du BCA», souligne Patrick Nardou.
Une discussion «hors charte»
La réunion ne s’annonce pas simple, les deux fédérations professionnelles étant évidemment très conscientes que le rôle économique de l’expert n’est pas dans le champ de la «charte BCA Expertise/Réparateurs» qui veut présider à une bonne relation entre le réseau d’experts et les carrossiers. Mais ils comptent bien l’évoquer : «Il y a d’indiscutables dysfonctionnements qui trahissent au moins l’esprit de cette Charte», soulignent en substance Patrick Nardou et Serge Valet, qui savent pertinemment que l’enjeu tarifaire est au cœur de la problématique actuelle des carrossiers.En outre, l'un comme l'autre font un constat fondamental qui dépasse le seul BCA Expertise : «Les experts subissent de façon croissante la pression des assureurs qui se savent forts du poids des missions qu’ils leur accordent ou pas. Les experts ne sont plus indépendants comme ils devraient l’être en vertu des textes qui régissent pourtant clairement leur liberté d’action dans le cadre de leur activité professionnelle».
Les réparateurs au secours des experts ?
Or, Serge Valet comme Patrick Nardou sont éminemment conscients de l’impact négatif que peut avoir un expert sous dépendance sur le libre choix du réparateur, cette loi qui attend toujours l’arrêté prévu pour octobre et qui doit rendre le texte opérationnel. «Il n’y a pas de libre choix possible du réparateur sans le libre choix d’un expert, lui-même libre dans son expertise», s’accordent-ils en annonçant leur détermination à prendre en main ce dossier.Un dossier particulièrement chaud, puisque les assureurs semblent effectivement avoir choisi l’expert comme arme “anti-libre choix”, sûrs qu’ils semblent être de sa fidélité obligée. Nous relevions récemment cette stratégie au Gan (voir «Le Gan fait aussi de l’expert son arme anti-libre choix»), AXA («Comment AXA menace ses experts…») la MAAF («Quand la MAAF impose «son» expert à son assuré»), le BCA donc (FFC-Réparateurs réprimande sévèrement les méthodes de BCA Expertise !» et bien sûr, initialement chez la Matmut («Riposte de la Matmut au libre choix: les experts, otages des assureurs»). Sans oublier ce tout récent courrier de Pacifica refusant de rembourser une réparation parce que le consommateur a voulu choisir un autre expert que celui du BCA (voir «Pacifica punit le réparateur du choix de l’automobiliste !»). Et la liste va s’allonger dans les semaines qui viennent…Bref : la réparation-collision semble enfin prête à chercher des réponses à la question, trop occultée, de l’indépendance des experts. Une question que les experts eux-mêmes se posent depuis longtemps dans nos colonnes en se désespérant de la faire entendre…
Jean-Marc Pierret
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