Loi Montagne : le Syndicat du Pneu dénonce l'exception française
Alors que la saison 2025-2026 s’achève sur un bilan humain lourd, le Syndicat du Pneu interpelle le ministre des Transports, Philippe Tabarot. En ligne de mire : une loi Montagne jugée illisible, une absence de sanctions depuis cinq ans et un retard réglementaire qui placent la France au rang de pays le plus permissif d’Europe.
Malgré des épisodes neigeux exceptionnels ayant paralysé l’Île-de-France et l’Ouest cet hiver, causant six décès et des records d'embouteillages, la réponse gouvernementale reste bloquée au stade des intentions : dans une lettre ouverte adressée à l’actuel ministre chargé des Transports, Philippe Tabarot, le Syndicat du Pneu regrette une loi Montagne devenue un casse-tête pour l'automobiliste. Sur les 48 départements initialement ciblés, seuls 34 appliquent le dispositif, et souvent de manière parcellaire. Ce découpage à la carte, où certaines routes alternent zones obligatoires et zones libres, vide la mesure de sa substance sécuritaire. Plus grave encore, la France demeure une exception sur le continent. Là où nos voisins imposent quatre pneumatiques certifiés 3PMSF sous peine de verbalisation immédiate ou de perte de couverture d'assurance, l'Hexagone autorise la simple détention de chaînes dans le coffre. Un équipement qui, par définition, n'est d'aucune utilité sur une plaque de verglas imprévue à 80 km/h.
Le mythe du coût prohibitif balayé par les chiffres
Pour Dominique Stempfel, le président du syndicat, l'argument du pouvoir d'achat souvent avancé par l'Administration ne tient plus face à la réalité du marché, avec 52,3 % des pneus neufs vendus en France déjà certifiés 3PMSF. « Le pneu "toutes saisons" représente désormais près de 40 % des ventes dans des zones non soumises à la loi (Ouest, Île-de-France). En 2025, un pneu toutes saisons certifié coûte en moyenne 2 % de moins qu’un pneu Été. Loin d'avoir dopé artificiellement les ventes – le marché a reculé de 2,1 % en dix ans –, la réglementation a surtout accompagné une mutation naturelle du parc vers plus de polyvalence », indique-t-il.
L'inachèvement du cadre juridique est le point de friction majeur pour le Syndicat du Pneu. Depuis 2020, le décret d’application relatif aux sanctions reste à l’étude. Résultat : une loi sans dents, que 91 % des Français jugent pourtant utile selon l'étude GiPA 2025. Le syndicat rappelle une réalité physique implacable : à 50 km/h sur neige, la distance de freinage s'allonge de 30 mètres avec des pneus Été. « C'est l'équivalent de deux semi-remorques. La différence entre un arrêt de sécurité et un drame », souligne Dominique Stempfel.
Une règle en trois points
Face au ministre, le Syndicat du Pneu pose trois conditions pour que la sécurité routière hivernale redevienne une "grande cause nationale" :
• Clarifier la loi pour couvrir plus efficacement le territoire et simplifier la compréhension des usagers.
• Publier immédiatement le décret de verbalisation, attendu depuis cinq ans.
• Lancer une campagne de pédagogie nationale sur les risques liés aux températures inférieures à 7°C.
En clair, il ne manque plus que la volonté politique pour aligner la France sur les standards de sécurité européens.