Pragmatique Amérique
Pour comprendre le marché de l’aftermarket américain, il faut s’affranchir de tous les codes d’usages européens. Sur un marché évalué entre 430 et 450 Md$, 75 % est trusté par AutoZone, O’Reilly, GPC Automotive et Advance Autoparts. Une position ultra dominante de quatre retailers et de leurs marques privées représentant 60% de leurs business.
Le quatuor alimente la réparation indépendante aux quatre coins du pays. Une réparation elle-même structurée autour d’une cinquantaine de chaînes d’ateliers, dont certaines sont cotées, toutes à la tête de milliers de points de service disséminés sous franchise ou en propre. Des enseignes qui ont modélisé leur concept, à l’image des chaînes Monroe ou Midas… Les retailers ont installé à quelques kilomètres de ces milliers de garages autant de points de distribution pour les servir au comptoir ou les livrer en direct. Une proximité quadrillée que n’ont pas les grossistes qui se partagent les 25 % du gâteau. « Pour exister sur cette part restante encore très fragmentée, les acteurs continuent de concentrer le marché et consolider opérationnellement leurs approvisionnements, la supply chain et la distribution », indique Thierry Mugnier (CEO de Nexus North America).
L’Amérique reste l’Amérique
La voiture est reine chez l’Oncle Sam où l’on roule beaucoup, avec des véhicules de plus en plus âgés et une prédilection assumée pour le “Do-It-Yourself” (DIY). L’enquête menée sur 24 000 conducteurs en deux ans du GiPA (spécialiste international des études BtoC/BtoB dans l’automobile) dresse le portrait d'un marché résilient, où l'électrique va patiner sans subventions et où l'indépendant grignote inexorablement des parts de marché au concessionnaire. Si pour Allal Boukouch, directeur des projets internationaux, « le kilométrage annuel tourne autour de 17 400 km, c'est l'âge du parc qui change la donne économique : 12,8 ans et 13 ans d'ici deux à trois ans ! Si les SUV sont relativement jeunes (10,5 ans), les pick-up affichent déjà 16 ans ! Cette structure de parc fait le bonheur de l'après-vente indépendante, atomisée mais puissante ! », relate-t-il. Dans son scope, il calcule au moins 25 % de garages indépendants, 20 % de chaînes de réparation, 13 % de Tire Dealers et autant de Quick-Lube Centers. La concentration est d'ailleurs féroce sur le segment de la vidange rapide, avec trois acteurs (Valvoline, Jiffy Lube, Take 5) contrôlant à eux seuls la moitié des 8 000 centres du pays.
Le paradoxe du DIY et la stabilité de l'atelier
36 % des opérations sont réalisées en DIY, portées par le succès des plateformes de pièces en ligne comme Buy-on-Fit. Pourtant, les ateliers ne se vident pas. La fréquence reste stable, à deux entrées atelier par an : la maintenance préventive représente 64 % des entrées, la vidange génère 40 % du trafic et le ticket moyen stagne à 274 $. « Dans ce marché où l'accessibilité financière devient la préoccupation majeure – exacerbée par la crainte de nouvelles taxes douanières –, les critères de choix des réparateurs sont clairs : confiance, proximité, prix chez l'indépendant, versus garantie et confiance chez le constructeur et proximité et disponibilité immédiate dans les Quick-Lube », souligne Allal Boukouch. La réparation reste un marché de maintenance, de volume et de proximité. Prochaine bataille : la capacité à traiter un parc vieillissant sans faire exploser la facture du client.
En chiffres
300 millions de véhicules circulants
175 000 ateliers de réparation
Age du parc circulant : 12,8 ans
Kilométrage moyen annuel : 19 800 kilomètres
Chiffre d’affaires IAM global : 450 Mds de dollars
70% par l’IAM// 30% par l’OES
16 700 vendeurs VN
61 600 distributeurs de pièces// 30 000 points de distribution
Top 4 des distributeurs/retailers par ordre :
AutoZone, O’Reilly, GPC Automotive, Advance Autoparts
Top 4 des constructeurs :
Ford, GM, Toyota et Stellantis
T. Mugnier (Nexus) : « Nous avons désormais un niveau de services à la hauteur des opportunités de ce marché ! »
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