Assureurs et carrossiers : la grande peur du véhicule autonome

Jean-Marc Pierret
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Les véhicules autonomes et semi-autonomes annoncent une réduction de 80% de la sinistralité d'ici 2030, prédisent les Augures. Les assureurs, qui ont peur de l'accident industriel, pensent déjà à assurer la «mobilité multimodale», puisque l'essentiel de leur chiffre d'affaires en assurance automobile “classique” doit s'évaporer. Si les prédictions sont vraies, les carrossiers, eux, doivent aussi commencer à repenser leurs entreprises...
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«60% de notre chiffre d'affaires concernent pour l'instant l'assurance automobile. Or ce marché s'apprête à être bouleversé par le véhicule autonome. A long terme, [sa] généralisation signifie que 80 à 90% de l'activité automobile des assureurs pourraient disparaître, en même temps que la sinistralité». Elle est lourde de plusieurs sens, cette affirmation qui vient du très sérieux directeur général de la MAIF, Pascal Demurger, récemment interviewé par notre confrère journaldunet.com.60% du CA d'un assureur comme la MAIF reposent donc sur la seule assurance auto. Ce pourcentage précis, qui n'est pas toujours facile à évaluer au travers des informations habituellement distillées par les compagnies et mutuelles, montre à quel point l'automobile pèse dans les comptes et d'assureurs et conditionne donc leurs résultats. Il explique, s'il en fallait encore la preuve, combien il est important pour eux de maintenir la réparation-collision sous contrôle pour préserver leurs profits. Et combien les contournements du libre choix, la pression sur les experts et la stratégie des agréments vers les carrossiers moins-disants, directement ou au travers des plateformes de gestion de sinistres, ont un bel avenir...
80% de sinistres en moins d'ici 15 ans
Le second sens de l'affirmation est plus interpellant encore, puisque la MAIF l'annonce assez clairement et logiquement : qui dit généralisation du véhicule autonome dit évaporation de la sinistralité automobile. Selon Matthieu Noël, consultant automobile du cabinet de conseil Ptolemus, «sur les marchés matures comme l'Allemagne, la croissance progressive du véhicule sans chauffeur pourrait réduire le revenu total de l'assurance automobile de 40% d'ici 2030. Sur toute l'Europe, ce recul est estimé à 25% car la croissance du véhicule autonome sera moins rapide dans certains pays comme la France, où le taux de renouvellement du parc automobile est moins élevé». Au final, il estime tout de même qu'en 2030 toujours −soit dans moins de 15 ans !−, 80% des sinistres seront évités par les véhicules autonomes...Du point de vue de la réparation-collision, les sinistres ont donc... un sinistre avenir. A un horizon de 10 à 15 ans, les carrossiers vont donc croiser l'émergence d'un ennemi bien plus menaçant pour leur activité que l'actuelle baisse du kilométrage moyen, les meilleurs comportements routiers ou la peur croissante du contrôle qui, ensemble, génèrent déjà un recul de 5% par an de la sinistralité en moyenne. Les véhicules autonomes et, avant cela, la systématisation déjà amorcée de toutes les aides au freinage automatique déployées par la “semi-autonomie”, vont réduire petit à petit tous ces petits chocs avant qui font actuellement 75% des entrées-atelier. Évidemment, l'inertie du renouvellement du parc leur promet encore de belles années. Et peut-être même meilleures que les précédentes dans une phase intermédiaire puisqu'un véhicule semi-autonome ou autonome freinant immédiatement et optimalement aura longtemps la possibilité d'être suivi par un véhicule à simple “commande humaine” qui réagirait moins promptement et moins efficacement. Voilà qui promet pour longtemps d'étonnants carambolages “en pointillés”, selon que le véhicule qui précède ou suit soit autonome, semi-autonome ou classique...
Les assureurs veulent éviter l'accident industriel
Pour les assureurs dont le métier est de prévoir l'avenir, la cause semble déjà entendue même s'il faudra du temps : un jour prochain, la sinistralité telle qu'on la connaît aujourd’hui sera donc devenue presque marginale, puisque seulement 20% des sinistres actuels semblent devoir perdurer à terme. Il leur faut déjà prévoir des produits de remplacement et la chose est faite : si la voiture classique doit disparaître, la mobilité, elle, a toujours de l'avenir. le DG de la MAIF pense déjà à des produits d'assurance de «trajets multimodaux» consistant à assurer tout type de déplacement d'un point A à un point B, qu'il passe par le bus, le métro, l'auto-partage, le co-voiturage, etc., etc.Reste quand même une infinité de questions à régler qui n'ont rien de simple. Quelles évolutions de législation faut-il prévoir ? En cas d'accident d'un véhicule autonome, comment savoir si le conducteur était ou non en état de vigilance ? Comment accéder aux données nécessaires pour établir la responsabilité, si ce n'est, comme le demandent déjà les assureurs, en s'assurant à la fois du libre accès aux données et de la garantie qu'elles ne peuvent être modifiées ? Quelles boîtes noires prévoir donc ?Pendant que les assureurs s'astreignent à prévoir un avenir qui leur permette d'éviter l'accident industriel induit par la marginalisation de la sinistralité automobile, une certitude au moins : les carrossiers, eux aussi, doivent donc s'attendre à une chute de 80% de la réparation-collision dans un monde où le conducteur aura renoncé à conduire de lui-même. Si le véhicule autonome s'impose vraiment, bien sûr ; et en sachant qu'ils ont encore de longues années pour repenser l'avenir de leurs entreprises...
Jean-Marc Pierret
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