Climat économique pesant, marché automobile chancelant
L’analyse conjoncturelle du cabinet C-Ways dessine un horizon assombri par une économie au point mort, une inflation galopante (le fameux mot valise stagflation) et les tensions géopolitiques. Si le marché du véhicule neuf résiste en trompe-l'œil grâce aux ménages, les clignotants macroéconomiques virent à l'orange foncé.
Le scénario d’une désescalade rapide au Moyen-Orient est désormais écarté. Selon Éric Champarnaud, associé chez C-Ways, le scénario central est celui d’un conflit larvé et prolongé. Cette instabilité maintient le prix du baril de pétrole durablement au-dessus des 100 $, entraînant d'importantes difficultés de réapprovisionnement pour les six à douze mois à venir, décrit-il dans le cadre du dernier Webin’Auto, en collaboration avec Autoactu.com. En France, la croissance est au point mort (0 % au premier trimestre 2026), uniquement soutenue par le commerce extérieur, tandis que la consommation plonge. L'inflation repart à la hausse, dépassant les 5 %, poussée par les coûts énergétiques. Face à cela, le climat des affaires s'effondre à son plus bas niveau depuis dix ans (hors crise Covid), rejoignant les sommets d'inquiétude de la crise des dettes souveraines. Pour l'année en cours, une baisse rare du pouvoir d’achat est attendue, couplée à une hausse durable du chômage. « Pour contrer cette dérive, la Banque Centrale Européenne (BCE) s'apprête à relever ses taux courts vers 2,25 % ou 2,50 % d'ici la fin de l'année. Parallèlement, la flambée des taux longs renchérit le service de la dette de l’État et alourdit le coût des crédits à la consommation, pesant directement sur la trésorerie des distributeurs et le stockage des véhicules », indique Éric Champarnaud.
Le marché du neuf fait de la résistance
Malgré ce contexte anxiogène, le marché des véhicules neufs affiche une stabilité relative en avril 2026 (0 % par rapport à avril 2025), bien que le cumul à fin avril recule de 2 %. Le fait marquant réside dans le sursaut des commandes en mars et avril (+ 25 % en avril), après un début d'année très apathique. Ce sursaut est exclusivement porté par les particuliers. Le canal des ménages progresse de 11 %, alors que tous les autres segments s'enfoncent :
• Sociétés : - 7 %
• Démonstrations : - 4 %
• Loueurs courte durée : - 13 %
Du côté des motorisations, le véhicule électrique capte 26 % de parts de marché en avril. Si 28 % des ménages optent pour l'électrique, les loueurs courte durée boudent cette technologie (seulement 7 % de leurs achats). Le mode de financement par leasing reste ultra-dominant : il représente 63 % des acquisitions globales des ménages et culmine à 79 % sur le segment de l'électrique.
Marché de l'occasion et utilitaires en repli
Le marché des véhicules d'occasion (VO) subit un coup d'arrêt brutal en avril, avec une baisse de 11 %, touchant principalement les modèles de moins de 7 ans, et plus particulièrement la tranche des 5-7 ans. Paradoxalement, sous l'effet de la hausse du prix des carburants, la part des véhicules électriques d'occasion de moins de 7 ans bondit pour atteindre 15 % du marché. Le leasing continue de progresser sur le VO récent.
Le segment des véhicules utilitaires légers (VUL) fléchit également en avril (- 6 %), mais préserve sa stabilité sur les quatre premiers mois de l'année (+ 1 %).
Le cumul réel des quatre premiers mois oriente l'exercice 2026 autour des 1,6 million d'immatriculations, avec une cible potentielle à 1,65 million si la dynamique des commandes des ménages se maintient. C-Ways rappelle que ces profils de vente restent soumis à une forte saisonnalité (pics traditionnels en mars, juin, septembre et décembre), un phénomène qui, pour l'heure, ne s'observe pas de manière significative sur le marché de l'occasion.