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Florent Menegaux (Michelin) : « Retrouvons le goût du risque, de l'effort et même de l'échec »

, mis à jour le 11/06/2026 à 11h15
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Florent Menegaux

Face à un environnement mondial marqué par les tensions géopolitiques, l'accélération technologique et une concurrence de plus en plus intense, les entreprises n'ont plus d'autre choix que de se réinventer en permanence, estime Florent Menegaux, le président de Michelin. 

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« Depuis 2019, nous connaissons une crise majeure tous les six mois. Dans cette permacrise, la notion même de leadership a changé. Il ne s'agit plus de défendre ses positions. Il faut les reconquérir chaque jour. Nous devons nous comporter comme si nous disputions une finale olympique tous les jours », lance Florent Menegaux, lors d’un face à la presse. Le président de Michelin souligne combien les équilibres mondiaux ont été bouleversés. « La géopolitique était tout en bas de la pile des risques. Elle est désormais tout en haut. » Protectionnisme, multiplication des réglementations et retour des rapports de force entre États compliquent l'activité des groupes internationaux. S'ajoute une révolution technologique dont l'intelligence artificielle constitue le principal moteur. « Pour la première fois, les humains peuvent dialoguer avec les machines en langage naturel. C'est une rupture majeure », souligne-t-il. Selon lui, la vitesse d'adoption de l'IA est même « deux fois plus rapide que celle d'Internet à ses débuts ». La concurrence asiatique, souvent perçue comme une menace, est au contraire considérée comme un facteur de stimulation. « C'est une concurrence très intense, mais elle est saine. Elle nous oblige à nous dépasser. »
Pour continuer à figurer parmi les leaders mondiaux, Florent Menegaux met en avant trois exigences : disposer d'une vision claire, innover sans cesse et accélérer. « Si l'on ne sait pas où l'on va, on tourne en rond », résume-t-il. L'innovation suppose également de remettre en question les acquis. « Il faut accepter de tout remettre à plat et parfois repartir de zéro. » La vitesse constitue une autre dimension essentielle, même si elle doit s'accompagner d'une capacité à gérer les paradoxes. « Il faut aller plus vite tout en sachant prendre son temps. »
Cette adaptation permanente se traduit jusque dans l'organisation du siège du groupe à Clermont-Ferrand. « Changer le set-up n'a rien d'exceptionnel. C'est simplement l'adaptation normale d'une entreprise qui évolue. »

« Demandons-nous quel projet de société nous voulons bâtir ! »

 Le dirigeant regrette que le débat français se focalise trop souvent sur la seule question du coût du travail. « La compétitivité prix est importante, mais elle n'est qu'une partie du sujet », rappelle-t-il. L'autre dimension, plus rarement évoquée selon lui, concerne la compétitivité hors prix : « le design, l'innovation, la qualité du service apporté aux clients ». S'y ajoutent des facteurs plus structurels : la qualité des infrastructures, qu'il juge « remarquable en Europe », l'accès au financement, la formation ou encore la stabilité réglementaire. Alors, à l'approche des prochaines échéances électorales, Florent Menegaux identifie plusieurs grands chantiers pour la France et l'Europe, adressés aux candidats potentiels. Le premier est celui d'une vision collective impérative. « Nous devons nous demander quel projet de société nous voulons bâtir. » Il appelle également à un changement d'état d'esprit. « Il faut retrouver l'optimisme, le goût du risque, le goût de l'effort et accepter que l'échec fasse partie de l'apprentissage. » Le deuxième enjeu concerne l'environnement réglementaire. Le président de Michelin plaide pour « des règles du jeu équitables, stables et plus simples », ainsi que pour une fiscalité plus favorable à la production et au travail. « La productivité ne doit pas être un tabou », insiste-t-il. Il cite l'exemple des pneus agricoles : « L'Inde applique des quotas d'importation, alors que son concurrent peut accéder librement au marché européen. » Plus généralement, il privilégie des réglementations fondées sur les performances plutôt que des mécanismes fiscaux. « Les taxes se contournent toujours. » Le troisième axe porte sur la formation. « Notre priorité absolue, ce sont les fondamentaux », affirme Florent Menegaux, qui évoque aussi bien les sciences que les humanités ou la relation aux autres. Le dirigeant appelle à revaloriser l'ensemble des métiers, « qu'ils soient manuels ou intellectuels », et à développer l'apprentissage tout au long de la vie. Chez Michelin, « chaque salarié est considéré comme un sujet apprenant ». Il plaide également pour une plus grande cohésion entre sphères publique et privée, ainsi qu'entre petites et grandes entreprises.

Dernier sujet majeur : le financement de l'innovation. Pour Florent Menegaux, l'Europe souffre de son morcellement. « Nous avons vingt-sept systèmes de financement, alors que les États-Unis et la Chine fonctionnent comme des blocs beaucoup plus intégrés. » Il appelle à mettre en place des mécanismes plus efficaces afin d'accompagner les entreprises à toutes les étapes de leur développement.

Préserver la cohésion dans un climat d'anxiété

Interrogé sur l'évolution des effectifs, depuis l’annonce en France de 1500 postes supprimés, le président souligne les mutations intervenues à Clermont-Ferrand. « Nous sommes passés de plus de 35 000 salariés à environ 12 000. Mais la qualification des emplois et la valeur ajoutée produite ont été multipliées par dix. » La France est aujourd'hui devenue le premier centre mondial de recherche du groupe. Si elle représente 8 % du chiffre d'affaires, elle concentre 16 % des effectifs. Concernant la fermeture du site de Cholet, Florent Menegaux indique que « plus de 60 % des salariés ont retrouvé un emploi stable ». « Il n'y a aucune fatalité », assure-t-il, rappelant que la stratégie du groupe repose sur le principe du « local pour le local »
Le dirigeant reconnaît enfin les inquiétudes qui traversent la société et les entreprises. Michelin s'appuie notamment sur ses dispositifs d'écoute, la médecine du travail et l'enquête interne "Avançons Ensemble", qui a recueilli 98 000 réponses sur 130 000 salariés. « Nous devons mesurer le bien-être et la santé de l'organisation avec autant de sérieux que les autres indicateurs », explique-t-il. Un nouvel indicateur de santé de l'organisation doit d'ailleurs être déployé prochainement. 
Malgré les incertitudes et les tensions internationales, notamment autour du détroit d'Ormuz, Florent Menegaux refuse tout fatalisme. « Les économies les plus fragiles seront les plus exposées. Mais nous devons continuer à avancer. Le monde a changé. À nous d'apprendre à jouer selon ces nouvelles règles. »

Muriel, rédactrice en chef Zepros Auto, couvre l’après-vente, VO, équipementiers et suit les révolutions auto : électrification, digitalisation, IA. Elle pilote aussi les événements Zepros.
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