Rechapé VL : l’Etat met le feu à la filière du pneu
Un arrêté publié la semaine dernière au Journal Officiel a déclenché une levée de boucliers sans précédent. Manufacturiers, distributeurs et éco-organismes dénoncent une "taxe Black Star" de 15,5 M€ par an. Décryptage d’un "hold-up réglementaire" dénoncé par les pros.
Malgré les alertes répétées du Syndicat du Pneu et des éco-organismes, le ministère de la Transition écologique a introduit une modification du cahier des charges sur la responsabilité élargie du producteur (REP). Pour maintenir l'activité menacée de l’usine Black Star (lire BlackStar doit renaître de ses cendres), le gouvernement veut augmenter l’écocontribution de 20 %. Ce sont donc 15,5 M€ qui seront prélevés chaque année sur chaque pneu neuf acheté par les automobilistes. Un retour en arrière brutal pour une filière qui, depuis 2004, s’évertue à réduire ce coût grâce à une gestion drastique de ses déchets. En clair, on demande au consommateur de financer un modèle économique que le marché lui-même rejette.
Cette solution crée également un précédent dont semblent vouloir profiter d’autres acteurs : la Findes (Fédération des Industriels Engagés et Solidaires) a publié ce post : "La structuration de cet écosystème public/privé pour accompagner la reprise de Black Star déterminera si cette première peut devenir un modèle reproductible pour y contribuer. La Findes mobilisera toute ses ressources et son énergie pour y contribuer." Le Syndicat du Pneu milite pour sa part pour que l’économie circulaire « s’autofinance, sans faire appel à des fonds extérieurs, avec une écocontribution la plus faible possible. À ce titre, en collectant autant de pneus qu’elle en vend, la filière du pneu est exemplaire et doit inspirer d’autres filières REP. »
Rechapé : le pneu PL gagne, le VL stagne
Il s’agit également d’une aberration technique majeure selon le Syndicat du Pneu. « Si un pneu de 38 tonnes est conçu dès le départ pour vivre plusieurs vies avec une carcasse ultra-robuste et une traçabilité totale, le pneu pour véhicule léger (VL) est un produit jetable par nature », indique Dominique Stempfel, le président du syndicat.
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L’industrialisation du rechapage VL a toujours été un casse-tête littéralement chinois (par la vague massive de pneus neufs à bas coûts inondant le marché français), et aggravé par une logistique insoluble : collecte erratique, tri complexe et appairage impossible pour garantir des trains de pneus identiques compatibles avec l'électronique embarquée des véhicules récents. Résultat : un produit final plus cher que le pneu neuf d'entrée de gamme, et un aspect sécuritaire que souligne le syndicat. « La loi AGEC impose aux professionnels du pneu d’intégrer le pneu rechapé en réponse aux appels d’offres. La grande majorité des acteurs jouent le jeu et ont intégré les produits Black Star à leur gamme. Cependant, ils ont constaté une forte réticence des acheteurs qui relaient les doutes des personnels qui utilisent les véhicules des administrations et sociétés publiques. Ces doutes existent aussi auprès du grand public, préférant acheter des pneus neufs à des prix souvent inférieurs. Les marchés ne sont donc pas prêts, d’autant qu’aucune communication pédagogique préalable n’a permis d’expliquer le concept aux utilisateurs », mentionne le président.
Le Conseil d'État en ligne de mire
La DGPR du ministère de la Transition écologique semble avoir organisé des réunions de concertation pour la forme, ignorant les données chiffrées que la filère recycle déjà autant qu'elle vend. « En imposant ce financement forcé, l’État crée un précédent dangereux. Déjà, d’autres acteurs comme la Findes s’engouffrent dans la brèche, espérant transformer cette "mesure sur mesure" en modèle reproductible de subvention déguisée via les éco-organismes », regrette Dominique Stempfel.
Pour les distributeurs, la pilule est d'autant plus amère qu'ils se retrouvent contraints de financer la survie d'un acteur initialement lancé par l'un de leurs concurrents directs. Une distorsion de concurrence qui ne passera pas. La filière, unanime, ne compte pas en rester là. Entre la colère des acheteurs publics, la réticence du grand public et ce forcing législatif, le Syndicat du Pneu prépare déjà la riposte juridique. Les traités européens et le Conseil d’État seront les prochains arbitres du dossier.