Pneus VL reconditionnés : Black Star doit encore renaître de ses cendres
L’unique survivant français en pneus VL reconditionnés est placé en procédure de sauvegarde. C’est une course contre la montre qui s’engage pour l’industriel, tandis que son actionnaire Mobivia se retire. Le gouvernement annonce un soutien financier décisif – et in extremis – pouvant séduire de potentiels repreneurs… Explications de Laurent Cabassu, directeur général de Black Star.
Black Star, repreneur depuis 2019 de la seule usine de pneus rechapés VL encore debout en France, avait repris le site de Béthune en 2021 avec l'ambition de monter en puissance sur le sujet et de sauver un savoir-faire. Le lancement commercial en 2023 du pneumatique reconditionné Léonard s’annonçait sous de bons auspices avec sa distribution par Norauto, propriété de Mobiva et actionnaire de Black Star. Et avec 600 000 enveloppes vendues au total – avec un taux de retour infinitésimal de 0,01 % –, le pneu "made in France" et reconditionné a suscité de l’intérêt auprès de Renault, du loueur en LLD Ayvens, du groupe Fraikin, d’Emil Frey France et des enseignes spécialisées comme First Stop, Speedy, BestDrive ou Euromaster… (lire BlackStar vise 300 000 Leonard en production). Sauf que l’équation économique est faussée par une somme de facteurs négatifs ! Malgré une croissance de 25 % du chiffre d'affaires, l'entreprise a essuyé 8,5 M€ de pertes en 2025. Pourquoi ? Parce que Black Star est pris en étau. D’une part, la concurrence toujours aussi féroce des pneus neufs asiatiques. La même qui a tué l’industrie du rechapé en TC4 en France dans les années 2000 (lire ici). Black Star, qui se positionne légèrement au-dessus des pneus neufs "exotiques", cible la même population au pouvoir d’achat contraint, tout en maintenant un écart de prix de 10 à 15 €, sous peine de voir décrocher le client.
De l'autre côté, par l’explosion des coûts de production avec un prix des carcasses ayant flambé (+ 9 € par pneu), notamment aggravé par un fort taux de déchet puisqu'un un pneu sur deux acheté est inexploitable, ainsi qu'une pénurie d’enveloppes. « Alors que la France démonte 50 millions de pneus par an, nous peinions encore en 2024 à sécuriser, pour notre propre production, 30 000 carcasses mensuelles. Nous avons privilégié l’achat de carcasses auprès d’éco-organismes et de leurs collecteurs. Mais les prix sont libres et les gisements sont orientés vers l'export ou la valorisation énergétique », indique Laurent Cabassu, le directeur général de Black Star.
La commande publique manque toujours à l’appel
Ensuite, malgré une loi favorisant le réemploi (loi Agec) et une capacité de livraison en J+1 partout en France de l’industriel, la commande publique ne représente toujours que 5 % des volumes achetés en pneus rechapés par les collectivités. Le décalage entre la volonté politique affichée et la réalité des appels d'offres (souvent contournés au profit du pneu premium ou budget) a pesé lourd dans la balance. Face à l'impossibilité de trouver un équilibre financier sans aide extérieure et après l'échec des négociations avec les éco-organismes en septembre dernier, Mobivia a décidé de jeter l'éponge. L'actionnaire a demandé un plan de retournement, mais ne remettra plus au pot au-delà des quatre mois de financement sécurisés pour la période d'observation. Depuis fin janvier, l'entreprise est donc sous la protection du tribunal de commerce via une procédure de sauvegarde. L'administrateur judiciaire a lancé un appel d'offres avec une date limite de dépôt fixée au 4 mars. Le profil du repreneur ? Des acteurs du déchet, des industriels ou des financiers. « Nous avons un outil industriel prêt à monter en charge (objectif de 45 000 pneus par mois), une équipe formée et un produit homologué », rappelle Laurent Cabassu.
Une aide de 6 € par pneu ?
Mathieu Lefèvre, le ministère de la Transition écologique, a réagi en annonçant un projet d'arrêté dont le socle serait un soutien financier de 6 € par pneu rechapé mis sur le marché, financé par les éco-organismes. Cela représenterait une enveloppe d'environ 4 M€ par an pour Black Star. « De quoi redonner de la compétitivité face aux pneus neufs importés. Ce soutien sera essentiel pour Black Star, et plus largement pour tout industriel qui voudrait se positionner sur le rechapage », a-t-il souligné dans La Voix du Nord. Cette mesure, attendue pour la mi-mars, après consultation publique et celle des filières, viendrait enfin corriger la distorsion de concurrence avec les pneumatiques asiatiques. Pour les 150 salariés de Béthune, l'espoir renaît, tandis que Black Star attend de connaître la liste des éventuels candidats à la reprise. Tout dépend à présent de la capacité à trouver un repreneur avant la fin des quatre mois de financement, l'application effective des annonces gouvernementales et la mise en place d'un modèle économique viable auquel croit Laurent Cabassu, soulignant que Black Star est « un pionnier en Europe avec un modèle qui peut être rentable tout en étant durable ».