Arnaud Martinez (Hutchinson) : « Le groupe est tourné vers l’aftermarket »
Très présent en première monte, Hutchinson monte progressivement en puissance sur le marché de la rechange indépendante...
Arnaud Martinez, nouveau directeur aftermarket de l’équipementier français, annonce une activité rechange stable en 2024 par rapport à l’exercice précédent, et donc plutôt bonne au regard de la complexité du marché. Car « il existe plusieurs menaces importantes à l’horizon à commencer par les pièces low cost, notamment celles en provenance de Chine », avertit-il. Une vague qui touche son marché domestique, l’Europe de l’Ouest, mais également l’Amérique Latine, où l’équipementier est présent et l’automobile et la pièce chinoise ont maintenant pris pied. Et cette offensive chinoise touche désormais le marché brésilien, au moins pour ce qui concerne les véhicules… Autre caractéristique : un besoin fort sur les disponibilités. « Pour être toujours plus réactif vis-à-vis de ses clients, Hutchinson a modernisé ses outils de production comme ses solutions de stockage », précise le directeur aftermarket.
Préserver son ADN
Face à cette concurrence, Hutchinson entend garder son positionnement premium de fournisseur OE, avec ses process OE et le strict respect des spécifications constructeurs. « Exception faite des marchés américains et chinois qui ont leurs spécificités, les ventes de véhicules neufs reculent et le parc globalement vieillit. Il y a deux choix pour le consommateur : soit se tourner vers des pièces premiers prix soit essayer de conserver son véhicule dans un état optimal et opter pour la pièce équipementière, qui heureusement conserve son image et ses parts de marché », analyse Arnaud Martinez. L’exercice n’est pas simple pour autant, et « ce n’est pas parce que l’on est premium que l’on peut se permettre d’être trop cher », affirme le directeur aftermarket. C’est notamment dans l’optique d’une compétitivité accrue que l’outil industriel a été modernisé.
Pour tenir ses positions sur le marché, Hutchinson se diversifie. Historiquement spécialisé la fonction distribution et accessoire (courroies, kits, poulies, etc.), suspension moteur et trains roulants (pièces de suspension et de direction), l’équipementier va prochainement lancer des gammes pour couvrir des applications sur le parc plus récent – entendre, des gammes en lien avec l’électrification. « Hutchinson participe à de très nombreux projets avec les constructeurs pour les nouveaux modèles électriques ou hybrides. Nous souhaitons être en avance de phase sur le terrain de la rechange avec une offre dédiée. »
Et si l’équipementier n’entend donc pas faire la guerre des prix - « on trouvera toujours moins cher ; un équipementier premium ne peut pas gagner sur le terrain du prix » - l’équipementier pense à se différencier avec des offres alternatives innovantes. Un positionnement différenciant, qui peut passer par des produits plus respectueux de l’environnement en utilisant des matériaux biosourcés voire, recyclés. Une piste d’autant mieux dans l’air du temps qu’elle conjuguerait écologie et économies…
Etendre encore son empreinte
D’une manière générale, la stratégie d’Hutchinson est d’avoir un pied sur toutes les technologies, et adresser tout à la fois le parc ancien, « où la problématique est davantage industrielle que technologique, afin d’assurer la disponibilité des pièces », que sur les dernières générations de véhicules. En l’espèce, investir tout à la fois dans les programmes relevant de l’électrification et dans le développement des moteur thermiques récents. D’un point de vue industriel, le renoncement de Bruxelles à interdire les moteurs thermiques va permettre de « lisser la charge » tandis que, par le biais de ses usines en Chine, Hutchinson possède déjà une solide expertise sur les véhicules électriques.
Autre dossier ouvert sur la table du nouveau directeur aftermarket : l’ouverture de l’activité en Amérique du Nord. Un (très) vaste marché où le français est très présent en première monte également avec plusieurs usines aux Etats-Unis. « Nous allons justement nous appuyer sur cette force de frappe industrielle pour développer une activité rechange sur le marché », déclare Arnaud Martinez. Autre zone stratégique sur laquelle Hutchinson souhaite renforcer ses positions : l’Afrique du Nord.
« Hutchinson est un groupe tourné vers la rechange avec une philosophie claire : proposer une offre la plus large possible mais toujours avec la caution des spécifications OEM », conclut le directeur aftermarket.