La performance plutôt que la croissance à tout prix pour Jean-François Niort

, mis à jour le 20/08/2026 à 08h42
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Jean-François Niort

Malgré une activité 2025 en progression, le distributeur normand privilégie désormais la consolidation à la croissance effrénée. Nouvelle plateforme logistique, organisation par métiers, anticipation de l'après-thermique, montée en compétences sur le véhicule électrique… L'entreprise familiale affine sa stratégie pour traverser une décennie qui s'annonce plus incertaine que jamais.

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N° 4 : Avec 120 M€ de chiffre d'affaires, en progression de près de 7 % par rapport à 2024, le groupe dirigé par Jean-François Niort a signé un exercice 2025 solide dans un environnement pourtant loin d'être favorable. Une performance tirée par la diversité de ses métiers – poids lourd, équipement, remanufacturing – davantage que par l'activité automobile traditionnelle. Mais derrière ces résultats se dessine surtout un changement de cap. Le distributeur normand, historiquement adhérent d'Autodistribution, privilégie désormais la robustesse de son modèle économique à la seule croissance. « Nous sommes dans une logique de performance interne », résume le dirigeant dont le discours n'a d'ailleurs pas changé depuis plusieurs années. Après avoir accompagné le développement du groupe par plusieurs opérations de croissance externe, Jean-François Niort estime désormais que les principaux leviers de création de valeur résident dans l'organisation et la productivité. Chaque métier fonctionne selon une logique entrepreneuriale propre, assurant son développement et son financement. Automobile, poids lourd, équipement ou remanufacturing évoluent ainsi comme autant de centres de profit, capables d'absorber les aléas de marché sans fragiliser l'ensemble. Cette diversification constitue aujourd'hui l'un des principaux amortisseurs de la conjoncture.

2026 : retour à une économie sous tension

En 2025, si l'automobile est restée stable, le poids lourd a progressé d'environ 3 %, tandis que l'activité équipement et surtout RIMAN ont continué d'afficher des croissances à deux chiffres. Le début de l'exercice 2026 rappelle toutefois que le marché entre dans une période plus complexe. L'automobile évolue désormais autour de zéro croissance, l'équipement ralentit et même le remanufacturing montre les premiers signes d'essoufflement. À cette conjoncture plus molle s'ajoute le retour d'une inflation plus élevée qu'attendu. Budgétée à 1 %, elle atteint finalement 2,4 %, avec un impact direct sur les charges de personnel, les coûts logistiques et l'énergie. Pour autant, Jean-François Niort refuse toute gestion de court terme. Entreprise familiale oblige, l'objectif n'est pas de préserver coûte que coûte un niveau d'EBITDA annuel au détriment des effectifs. « La réponse passe davantage par une vigilance accrue sur les frais généraux, le non-remplacement de certains départs et une gestion très fine des marges ». Cette vision de long terme se matérialise surtout par le plus important investissement immobilier réalisé depuis plusieurs décennies. Le groupe prépare le transfert de son activité historique rouennaise vers une nouvelle plateforme logistique implantée en périphérie de la métropole normande. Le bâtiment actuel n'est plus adapté aux exigences modernes de la distribution. À partir de 2027, près de 90 % des effectifs et des surfaces déménageront vers ce nouvel outil. La plateforme DPN ouvrira à l'automne, tandis que l'activité RIMAN intégrera le site quelques mois plus tôt.

Préparer l'après-thermique

Le nouveau bâtiment n'accueillera plus de comptoir de vente. Désormais, 85 % de l'activité est déjà réalisée par téléphone et livraisons. L'enjeu consiste donc à optimiser les flux logistiques, améliorer la productivité et préparer les futures évolutions du parc roulant avec des infrastructures adaptées, notamment pour la recharge électrique. Cette anticipation guide également la stratégie industrielle du groupe. Jean-François Niort reste convaincu que le remanufacturing conservera un rôle moteur pendant encore plusieurs années. Mais il sait aussi que cette activité, historiquement centrée sur le diesel et les motorisations thermiques, atteindra progressivement ses limites à l'horizon 2030. Les équipes travaillent déjà sur les futures familles de produits qui prendront le relais entre 2030 et 2035. Quelques techniciens sont déjà formés aux interventions haute tension, en partenariat avec Revolt, tandis que les premiers véhicules électrifiés entrent progressivement dans les ateliers. Le phénomène reste encore limité — estimé entre 5 et 10 % des entrées — mais il ne relève plus de l'expérimentation. Surtout, les retours d'expérience venus des marchés les plus matures, comme la Norvège, montrent que les véhicules électriques génèrent eux aussi des besoins importants en maintenance sur les trains roulants, les suspensions ou les systèmes de freinage. En revanche, le dirigeant anticipe un véritable trou d'activité entre 2035 et 2040, conséquence logique du cycle d'entretien beaucoup plus long des véhicules électriques.

La valeur ne se joue plus uniquement dans la pièce

Face à un marché de plus en plus concurrentiel, Jean-François Niort estime que la différenciation ne pourra plus reposer uniquement sur la disponibilité des pièces. Certes, la logistique demeure essentielle, avec près d'un million de références mobilisables rapidement. Mais la véritable valeur se crée désormais dans les services. Accompagner les réparateurs vers l'électrification, leur fournir les outils techniques, les concepts commerciaux ou les solutions digitales qui leur permettront de rester compétitifs face aux réseaux constructeurs constitue désormais le cœur du métier. Une conviction d'autant plus forte que les garagistes indépendants demeurent, selon lui, les mieux armés pour répondre aux attentes des automobilistes grâce à leur agilité et à leur structure de coûts. 
Cette mutation s'accompagne d'une transformation profonde de la demande. L'âge moyen du parc français atteint désormais 11 ans et continue de progresser sous l'effet du recul du pouvoir d'achat. Les véhicules de quinze à vingt ans deviennent une clientèle à part entière. Ces automobilistes recherchent des solutions toujours plus économiques, obligeant les distributeurs à enrichir leurs offres de gammes alternatives. Dans le même temps, les réseaux constructeurs multiplient les dispositifs destinés à reconquérir les véhicules de plus de six ans. Mais pour Jean-François Niort, cette offensive confirme une chose : « Le marché indépendant reste plus que jamais stratégique. À condition, toutefois, d'investir dès aujourd'hui dans les outils qui feront la différence demain ».

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Muriel, rédactrice en chef Zepros Auto, couvre l’après-vente, VO, équipementiers et suit les révolutions auto : électrification, digitalisation, IA. Elle pilote aussi les événements Zepros.
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