M. Gainou (carVertical) : « La transparence des rapports d’historique est devenue une valeur marchande »
La France fait figure de bon élève européen, pourtant les coulisses du marché de l’occasion sur son territoire révèlent une facture salée pour le consommateur : 1,3 Md€ tombent chaque année dans la poche d’escrocs ayant camouflé les données du véhicule. D’où l’appui croissant des revendeurs sur les rapports d’historique de chaque VO. Des rapports de plus en plus détaillés au fur et à mesure que les outils digitaux s’enrichissent. Explications de Moundyr Gainou, de carVertical...
En moyenne, les fraudeurs retirent 70 000 km au compteur des véhicules. Un maquillage gonflant artificiellement la valeur de la voiture de 20 à 22 %. Cette fraude culmine sur les véhicules de moins de 5 000 € (3,2 % de compteurs trafiqués), là où les acheteurs sont les plus fragiles financièrement. « Plus le prix monte, plus la fraude baisse ! », constate Moundyr Gainou, Directeur France - carVertical*. Sur la même ligne de départ d’éditeurs de rapports d’historique, carVertical se place au même rang qu’Odopass, Autorigin ou encore Histovec… Mais la jeune entreprise lituanienne accélère la cadence depuis 2023 en Europe et particulièrement en France, son deuxième marché après la Roumanie. Dans son viseur, les pros qu’elle veut conquérir à grand renfort de statistiques comportementales et de nouvelles fonctionnalités. On apprend ainsi que si la France se classe 5e en Europe pour la fiabilité de ses modèles d’occasion, la statistique reste implacable : 37 % des véhicules consultés ont subi des dommages. Soit plus d'un véhicule sur trois.
Croisement des données constructeurs et des contrôles techniques
Avec une valeur moyenne de réparation à 3 600 €, on comprend mieux pourquoi les acheteurs et particulièrement les revendeurs veulent sécuriser leurs ventes ou leurs achats. CarVertical propose deux formats de rapport (complet ou simplifié), avec une option de masquage du numéro de série (VIN). Depuis 2025, le spécialiste livre une analyse de l'usage du véhicule en croisant les données des constructeurs et des contrôles techniques. « Le système compare désormais le roulage réel à un usage théorique selon l'âge et la marque. Une voiture ne parcourt ainsi que 2 000 km en deux ans ? L'algorithme peut déceler une anomalie (immobilisation forcée, moteur cassé…). Le rapport détecte désormais ces trous noirs dans la vie d’une voiture, permettant d'ajuster le prix de vente au plus juste de la réalité mécanique », indique Moundyr Gainou.
* carVertical opère dans 35 pays (Europe, États-Unis, Mexique et Australie) et annonce une CA de 54 M€ en 2024.
Le BtoB en ligne de mire
Selon carVertical, 43,5 % des concessionnaires – 75 % des concessionnaires avec plus de 15 ans d’expérience – vérifient systématiquement l’historique de chaque véhicule. Les principales motivations : la vérification des dommages ou accidents passés (91,3 %), le kilométrage (87 %) et l’évitement des véhicules volés (60,9 %), le contrôle systématique de chaque véhicule (contre seulement 40 % chez les nouveaux acteurs).
D’après l’Indice de Transparence 2025 de carVertical, 2,5 % des véhicules contrôlés en France affichaient un compteur trafiqué, 37,8 % présentaient des antécédents de dommages et 31,6 % étaient importés. D’où le recours croissant aux rapports d’historique, constate carVertical, avec des annonces comportant ses rapports, et enregistrant 21 % de clics en plus… Les plus gros groupes de distribution (Emil Frey, BYmyCAR…) intègrent désormais ces outils pour sécuriser leurs reprises, notamment sur les véhicules importés. Sur un parc français qui vieillit (11,5 ans de moyenne), l'historique devient aussi important que l'état de la carrosserie. L'accès facilité à ces données permet d’assainir un marché où un véhicule sur dix reste douteux à l'échelle européenne. « La transparence n'est donc plus une option, c'est une valeur marchande », conclut le représentant de carVertical.