Le Syndicat du Pneu dénonce un millefeuille réglementaire indigeste
Bruxelles s'attaque aux particules émises par l’usure des pneumatiques. Un nouveau virage réglementaire brutal selon Régis Audugé, secrétaire général du Syndicat du Pneu.
Depuis 1974, on sait que la gomme des pneumatiques laisse des traces sur le bitume, études scientifiques à l’appui. Et cinquante ans de recherche plus tard, on sait même que la part réelle du pneumatique dans la pollution de l’air ambiant se situe entre 2 et 3 %. « On est loin de l'apocalypse annoncée, mais la science peine à distinguer la poussière issue de la gomme de celle générée par la particule de chaussée, boue de rue et micropoussières », relève Régis Audugé, secrétaire général du Syndicat du Pneu, à l’occasion des dernières Rencontres du Pneu. Les fourchettes d'estimation sont trop larges (de 5 à 30 %) et les dernières études soulignent même que le risque global est faible. Mais face à l'incertitude des chiffres, le principe de précaution par la réglementation est devenu l’arme préférée du législateur. Ainsi, avec la norme antipollution Euro 7 visant déjà à réduire les émissions polluantes émises par les freins et les pneus, et l’EUDR visant à interdire les produits ayant contribué à la déforestation (reportée à fin 2026 car trop compliquée pour les entreprises), l’abrasion du pneumatique est devenue un sujet réglementaire à part entière, avec des seuils se déclenchant avant même de prendre appui sur des méthodes de mesure mondiales harmonisées et fiables.
Attention à ne pas confondre danger théorique et risque réel !
Un étage supplémentaire dans le millefeuille réglementaire imposé à une filière du pneumatique collectant déjà 100 % de ses pneus usagés depuis plus de vingt ans, rappelle Régis Audugé. « On punit les bons élèves », estime le secrétaire général, soulignant par ailleurs le paradoxe avec le véhicule électrique, poussé à marche forcée sur le marché mais nettement plus lourd et donc très « consommateur de gomme ». Les manufacturiers ont déjà diminué de 30 % cette usure, à force de R&D massive. Mais combien de temps tiendront-ils face à une concurrence chinoise qui ne s'embarrasse pas toujours des mêmes scrupules réglementaires ? « Attention à ne pas confondre danger théorique et risque réel ! À force d'anticiper les normes européennes avec un zèle typiquement français, on fragilise notre industrie pour un gain sanitaire qui reste à prouver. Une politique publique n’est crédible que si elle est acceptable. Si le pneu devient un produit de luxe – parce qu'on a empilé les contraintes sans base scientifique solide – le consommateur tranchera ! », conclut Régis Audugé. Une alerte qui renvoie à la situation compliquée du véhicule neuf rejeté par le client final, car son prix a explosé de 30 % en cinq ans.