Le Syndicat du Pneu dénonce un millefeuille réglementaire indigeste

, mis à jour le 14/01/2026 à 13h09
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Régis Audugé

Bruxelles s'attaque aux particules émises par l’usure des pneumatiques. Un nouveau virage réglementaire brutal selon Régis Audugé, secrétaire général du Syndicat du Pneu. 

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Depuis 1974, on sait que la gomme des pneumatiques laisse des traces sur le bitume, études scientifiques à l’appui. Et cinquante ans de recherche plus tard, on sait même que la part réelle du pneumatique dans la pollution de l’air ambiant se situe entre 2 et 3 %. « On est loin de l'apocalypse annoncée, mais la science peine à distinguer la poussière issue de la gomme de celle générée par la particule de chaussée, boue de rue et micropoussières », relève Régis Audugé, secrétaire général du Syndicat du Pneu, à l’occasion des dernières Rencontres du Pneu. Les fourchettes d'estimation sont trop larges (de 5 à 30 %) et les dernières études soulignent même que le risque global est faible. Mais face à l'incertitude des chiffres, le principe de précaution par la réglementation est devenu l’arme préférée du législateur. Ainsi, avec la norme antipollution Euro 7 visant déjà à réduire les émissions polluantes émises par les freins et les pneus, et l’EUDR visant à interdire les produits ayant contribué à la déforestation (reportée à fin 2026 car trop compliquée pour les entreprises), l’abrasion du pneumatique est devenue un sujet réglementaire à part entière, avec des seuils se déclenchant avant même de prendre appui sur des méthodes de mesure mondiales harmonisées et fiables. 

Attention à ne pas confondre danger théorique et risque réel ! 

Un étage supplémentaire dans le millefeuille réglementaire imposé à une filière du pneumatique collectant déjà 100 % de ses pneus usagés depuis plus de vingt ans, rappelle Régis Audugé. « On punit les bons élèves », estime le secrétaire général, soulignant par ailleurs le paradoxe avec le véhicule électrique, poussé à marche forcée sur le marché mais nettement plus lourd et donc très « consommateur de gomme ». Les manufacturiers ont déjà diminué de 30 % cette usure, à force de R&D massive. Mais combien de temps tiendront-ils face à une concurrence chinoise qui ne s'embarrasse pas toujours des mêmes scrupules réglementaires ? « Attention à ne pas confondre danger théorique et risque réel ! À force d'anticiper les normes européennes avec un zèle typiquement français, on fragilise notre industrie pour un gain sanitaire qui reste à prouver. Une politique publique n’est crédible que si elle est acceptable. Si le pneu devient un produit de luxe – parce qu'on a empilé les contraintes sans base scientifique solide – le consommateur tranchera ! », conclut Régis Audugé. Une alerte qui renvoie à la situation compliquée du véhicule neuf rejeté par le client final, car son prix a explosé de 30 % en cinq ans. 

L'économie européenne ploie sous le poids des normes

Avec 67 000 pages ajoutées au Journal Officiel en 2024 et un stock de 360 000 articles, le droit français a crû de 84 % en 20 ans, a ajouté Islem Belkhous, aux propos de Régis Audugé. Ce poids normatif coute très cher : 150 Md€ aux entreprises de l'UE. 
Le secteur automobile n’est pas épargné et subit l'empilement de 8 réglementations majeures, « moteur principal de l'inflation des prix des véhicules » estime le directeur Economie d'Elanova. L’administration devrait plutôt passer d'une culture du contrôle à celle de l’accompagnement, réclamé par les patrons de PME (27 % conditionnant leur confiance au retour de la simplification). « Elle doit soulager ceux qui créent de la valeur, pas les entraver, mais sous conditions : des règles compréhensibles par tous et contrôlables, un environnement stable avec des règles du jeu qui ne changent pas tous les six mois. »

Muriel, rédactrice en chef Zepros Auto, couvre l’après-vente, VO, équipementiers et suit les révolutions auto : électrification, digitalisation, IA. Elle pilote aussi les événements Zepros.
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