L. Schmidt et F. Millet (Autodoc) : « Le modèle Autodoc est solide, performant et donc durable »
Croissance à deux chiffres, challenge BtoB réussi : le disruptif leader allemand de la vente de pièces en ligne continue de s’étendre… avec dans le viseur un gros potentiel de développement à venir. Décryptage avec Lennart Schmidt, CFO d'Autodoc, et Franck Millet, directeur d'Autodoc Pro Europe.
Quel atterrissage 2025 pour Autodoc ?
Lennart Schmidt : Sur neuf mois, nous avons enregistré une croissance de 17 % (1,33 Md€ de CA) par rapport à 2024. Nous sommes en très bonne voie pour atteindre notre objectif de croissance (+ 14/+ 19 %), fixé en début d’année.
Vous avez lancé Autodoc Pro il y a trois ans. Un difficile virage BtoB ?
L. S. : Nous avons toujours su que des professionnels achetaient sur notre plateforme BtoC. Nous voulions donc professionnaliser notre offre pour ce segment de clients. Une nouvelle aventure qui a été rendue possible avec la rencontre de Franck Millet. Il a apporté toute son expérience, sa connaissance des garages et du marché PR en France.
Autodoc Pro, c’est du BtoB, mais aussi une présence terrain. Loin de vos fondamentaux digitaux !
Franck Millet : C’est un bon mariage qui offre le meilleur des deux mondes (digital et physique) aux garagistes. Autodoc avec ses atouts de l’outil numérique et l’étendue de son offre, associés à une approche terrain permettant de personnaliser la relation avec le garage. Cela a été un défi de taille de réussir sur un marché aussi mature que la France et de changer les habitudes. Mais les garages ont vite vu l’intérêt de notre offre. En novembre, Autodoc Pro a franchi la barre des 100 M€ pour la première fois. C’est donc un succès pour nous.
L. S. : Nous avons testé la possibilité de rendre l’activité Autodoc Pro entièrement numérique. Mais il nous est vite apparu évident que l’accompagnement sur le terrain est capital pour le réparateur. Nous avons décidé de suivre le modèle issu de l’expérience française pour son déploie- ment sur les autres marchés.
Vous avez lancé Autodoc Pro en Allemagne en mars. Avec quel accueil ?
F. M. : Nous avons eu besoin de trois ans en France pour nous imposer sur le marché
indépendant auprès des garagistes (23 000 garages connectés et 106 agents de service sur le terrain). Il est donc trop tôt pour tirer des conclusions après ces quelques mois de déploiement en Allemagne. Cependant, nous constatons l’adhésion à notre modèle avec la facilité d’utilisation de la plateforme, l’offre produits et le positionnement tarifaire. Pour l’instant, nous avons reçu des premiers retours très positifs avec 4 500 garages déjà connectés.
Les distributeurs traditionnels se sentent-ils menacés ?
F. M. : Notre proposition de valeur est différente. Nos prix compétitifs en ligne aident les ateliers à améliorer leurs marges ou à accepter des opérations qui seraient autrement moins intéressantes. Au-delà du prix, notre différence tient au soutien apporté par nos agents de proximité qui offrent une assistance personnalisée. Nos délais de livraison vont de J+3 à J+1, alors que les distributeurs traditionnels peuvent effectuer plusieurs livraisons par jour. C’est pourquoi nous nous positionnons comme un fournisseur alternatif aux distributeurs existants.
"À peine 13 % des ventes de pièces se font en ligne. Les experts prévoient un doublement en dix ans. Il nous reste donc un gros potentiel de croissance", assure Lennart Schmidt.
Quels pays vont suivre ?
L. S. : Alors que la France est déjà entièrement couverte, l’Allemagne est en déploiement et nous venons de démarrer en Italie. Nous n’en sommes qu’au début de notre aventure avec Autodoc Pro dans les autres pays (Belgique, Pays-Bas, Autriche). Nous avons donc encore beaucoup de chemin à parcourir.
Envisagez-vous de développer Autodoc hors d’Europe ?
L. S. : À long terme peut-être. Mais pour l’instant, nous nous concentrons sur l’Europe (27 pays couverts en BtoC), où subsiste un énorme potentiel de croissance. À peine 13 % des ventes de pièces se font en ligne, or les experts misent sur un doublement de cette part à l’horizon 2035. Comparée à des opérateurs mondiaux plus généralistes, notre approche est verticale et donc très performante pour intégrer les complexités du marché des pièces de rechange. S’y ajoutent le maintien du “do-it-yourself” et la montée en puissance de la consommation en ligne… La trajectoire à venir est très positive pour nous.
Quelle place occupent vos marques privées (Ridex, Stark, goCore) ?
L. S. : En 2024, elles ont représenté environ 18 % des ventes. C’est une activité stratégique très fidélisante.
F. M. : Les garages commencent par les marques haut de gamme, puis ils testent nos marques propres et progressivement la confiance se construit. La qualité est essentielle dans un environnement professionnel. C’est pourquoi nous avons développé goCore pour les pros afin de répondre à leurs attentes élevées de pièces techniques à la qualité irréprochable.
Après l’ouverture de votre entrepôt en Belgique, avez-vous d’autres projets logistiques ?
L. S. : Nous envisageons d’ouvrir un entrepôt de plus au Royaume-Uni l’an prochain. La logistique depuis nos entrepôts existants (Allemagne, République tchèque, Pologne et Belgique) est surtout destinée au marché continental européen. Cela n’est pas optimal pour l’île britannique.
Serez-vous en mesure de maintenir vos prix très compétitifs sur la durée ?
L. S. : Au cours des deux dernières années, nous avons enregistré une croissance annuelle supérieure à 17 %, notre rentabilité s’est améliorée et, nous avons généré environ 125 M€ de free cash-fl ow, nos investissements sont autofinancés sans pratiquement aucune dette. Notre modèle est solide !