Régis Audugé : « Jusqu'où les distributeurs pourront-ils répercuter les hausses sans sacrifier leurs marges ? »
Pour le Directeur Général du Syndicat du Pneu, la question n’est plus seulement de savoir comment vendre des pneus, mais comment rester visible, compétitif et rentable dans une chaîne de distribution en mutation.
Zepros : L’IA peut-elle rebattre les cartes de la distribution ?
Régis Audugé : Absolument car l’IA transforme la simple recherche de prix en vrai parcours. Demain, un assistant personnel capable de comparer les offres, de vérifier la disponibilité, de prendre rendez-vous et même de déclencher l’achat pourrait devenir l’interlocuteur du consommateur. Cela va changer concrètement toute la chaîne de distribution du pneumatique et tous les investissements des distributeurs pour rester visibles et accessibles dans cet écosystème. Et un maillage territorial dense deviendra même stratégique, car l’IA orientera vers le point de vente le plus proche capable de répondre. Les enseignes sans réservation en ligne, sans données exploitables par l’IA risquent d’être marginalisées.
Entre stocks, fiscalité et coûts logistiques, où va se situer la pression pour les distributeurs ?
R. A. : La taxation européenne des pneumatiques chinois, la hausse du transport maritime et l’augmentation des coûts de fabrication ont déjà conduit les distributeurs à anticiper leurs achats et à constituer des stocks. C’est un fait. Mais ces stocks devront désormais être écoulés dans un marché qui manque de croissance. La question est de savoir jusqu’où les distributeurs pourront-ils répercuter les hausses de coûts sans dégrader la demande, et surtout sans sacrifier leurs marges, alors que les nouveaux tarifs manufacturiers et les taxes chinoises vont mécaniquement pousser les prix de vente vers le haut.
Quel visage aura la distribution de demain selon vous ?
R. A. : IA, tensions géopolitiques, coûts logistiques, stocks et transformation des usages... le marché du pneumatique entre dans une période où les facteurs conjoncturels se mêlent à des ruptures plus structurelles. Et au-delà de la conjoncture immédiate, le marché doit aussi composer avec des transformations plus profondes : recul du fret routier, électrification, développement des véhicules autonomes et, à terme, véhicules capables de fonctionner comme de véritables robots de mobilité. Ce sont autant d’évolutions qui modifieront durablement les usages et les modèles économiques des distributeurs de pneumatiques dans les prochaines années. La question est de savoir à quelle vitesse et via quels investissements ?
IA : Le web rit, les réseaux pleurent
8 % des acheteurs de pneumatiques déclarent utiliser une IA pour guider leur choix dans la dernière étude du Syndicat du Pneu, réalisée avec GIPA (juin 2026 auprès de 2 250 automobilistes). Un chiffre modeste, mais qui partait de 0 % l'année dernière. Une progression aussi soudaine qu’évidente. Car le véritable enseignement de ce sondage ne réside pas seulement dans cette adoption fulgurante (63 % des automobilistes ayant eu recours à l'IA la jugent « très utile »), mais dans l'impact direct qu'elle a sur le parcours d'achat, souligne Régis Audugé. Car entre le commerce physique et l'e-commerce, l'IA oriente massivement vers l'achat en ligne ! Lorsqu'un utilisateur pose explicitement la question « Où acheter mes pneus ? », l'IA répond par une orientation vers le web dans 76 % des cas. Et 15 % des achats se concrétisent sur Internet, contre seulement 4 % en garage ou centre auto physique. Alors face à cette montée en puissance du digital, quels sont les leviers pour les sites physiques ? « Le client cite le prix attractif et la promotion en premier critère. Viennent la prise de rendez-vous rapide, la maîtrise technique du réparateur, la rapidité d’exécution et la proximité », indique le directeur général du Syndicat du Pneu. À l'inverse, les services annexes (crédit, bornes de recharge, gardiennage) tout comme l'argument écologique restent au second plan dans l'arbitrage final. Les ateliers physiques doivent maintenir leur compétitivité prix tout en travaillant leur référencement local et digital pour ne pas perdre le contact avec une frange grandissante de leur clientèle, dès la phase de recherche. Un vrai travail de couture et des investissements obligatoires. « L'enjeu n'est plus seulement d'être visibles sur Google, mais de devenir la réponse naturelle que délivrera l'IA à l'automobiliste de leur zone de chalandise ».