Marché auto : quand l’urgence n’attend plus prévient C-Ways
Entre durcissement réglementaire, envolée des taux et désertion des classes moyennes, le marché français du neuf dévisse de 15 % en février 2026. Le secteur est en pleine mutation de ses usages. Le constat du cabinet C-Ways est sans appel : la machine automobile s'est enrayée.
Dans un climat économique plombé par une anxiété persistante et des taux d’intérêts allongés (10 ans voire plus), qui pénalisent l'endettement, le véhicule neuf ne séduit plus. Le recul de 15 % des immatriculations en février, couplé à une chute de 14 % des commandes, marque une rupture nette, livre le cabinet C-Ways. La réalité est cinglante : la part des classes populaires et moyennes dans l'achat de véhicules neufs est passée de 43 % en 2019 à seulement 31 % en 2024. Le VN devient un luxe, même en leasing, une formule qui s'essouffle particulièrement sur le segment électrique chez les particuliers. Un état des lieux général que confirme d’ailleurs Xavier Duchemin, le président de Stellantis France, regrettant que les constructeurs soient « sortis du pouvoir d’achat des consommateurs, par l’envolée catastrophiques des prix ». Une sortie de route observée depuis l’avant-Covid. Un constat qui entre autres génère le repositionnement du groupe français, son président estimant que « Stellantis doit refaire du volume »
À l'inverse, le marché de l'occasion (VO) joue les amortisseurs. Si le volume global se stabilise, l'intérêt se déplace vers les véhicules récents (2 à 5 ans), où l'hybride non rechargeable confirme sa percée. L'électrique y pointe timidement à 9 %, signe que la seconde vie des VE reste un défi à transformer. Seul les utilitaires légers (VUL), portés par une croissance de 2 % dans le neuf et 3 % en occasion tirent leur épingle du jeu.
Pour les constructeurs, l’étau se resserre
Avec l’entrée en vigueur de la nouvelle étape des normes CAFE (93,6 g de CO2 WLTP) et l’arrivée imminente d’Euro 7 en novembre 2026, la transition n'est plus une option. Le verdissement des flottes s'accélère par la contrainte fiscale, avec un doublement de la taxe incitative pour les entreprises gérant plus de 100 unités. Dans ce contexte, des groupes comme Renault accélèrent leur transformation (Plan FutuREady) avec un objectif de 100 % de ventes électrifiées en Europe d'ici 2030, avec des modèles EV, hybrides et REEV, une réduction drastique des coûts de production et une marge opérationnelle de 5 à 7 %. Au menu : Un plan produit constitué de 36 lancements dont 22 en Europe et 14 à l’international. Une nouvelle plateforme RGEV Medium 2.0 en 800 V sur le segment C. Un appui sur les « hubs de croissance » : Inde, Corée du Sud, Amérique Latine. Des investissements technologiques pour réduire les coûts de de production de 20%.
• La marque Renault mise sur l’offensive massive des lancements avec un objectif de 2 millions de véhicules vendus d’ici 2030 dont 50% en Europe et 50% de modèles électrifiés.
• Dacia renforce son positionnement « value for money » avec l'arrivée d'un modèle électrique du segment A, à moins de 18 000 €, ciblant les classes moyennes et populaires dont la part dans le neuf s'est effondrée (passant de 43 % en 2019 à 31 % en 2024).
• Alpine, de son côté, temporise avec une approche plus exclusive centrée sur le futur de l'A110.
Pour le cabinet C-Ways, les leviers à actionner sont évidents : il faut baisser impérativement les prix, simplifier les gammes et, surtout, stabiliser les politiques publiques. Car le marché a besoin de visibilité, et les distributeurs devront replacer l'émotion au cœur de l'acte d'achat pour convaincre des clients de plus en plus attentistes.